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En prévision
des prochaines négociations
Rabat aiguise
ses armes
Le Maroc veut des
pourparlers sur mesure, pour obtenir la validation de son projet
d’autonomie au Sahara occidental.
Le secrétariat
général de l’Organisation des Nations unies vient de proposer de
nouvelles négociations entre le Maroc et le Front Polisario d’ici à
la fin de l’année 2007. Peter Van Walsum, l’envoyé personnel de Ban
Ki-Moon, a en effet suggéré aux deux parties de tenir “à la fois un
troisième et un quatrième round des négociations” en novembre à
Genève, au lieu de Manhasset (Etats-Unis) où se sont déroulées les
deux premiers rendez-vous (les18-19 juin et les 10-11 août). Alors
que les Sahraouis ont donné leur accord, les Marocains se sont
abstenus, sous prétexte de la tenue des élections législatives au
royaume qui ont eu lieu pourtant le 7 septembre 2007.
L’initiative des
négociations découle des dernières recommandations du Conseil de
sécurité, conformément à la résolution 1754 du 30 avril 2007 sur le
Sahara occidental. Celle-ci invite les parties marocaine et
sahraouie à des négociations sous les auspices de l’ONU, en vue de
parvenir à “une solution politique juste et mutuellement acceptable,
qui garantit le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination”. A
partir de là, il faut croire que les raisons de l’ajournement
marocain sont ailleurs et portent comme finalité la caution, par la
communauté internationale, du fameux projet d’autonomie dans
l’ex-colonie espagnole.
Pour saisir les
enjeux, il faut remonter au moins à l’année 2003, lorsque le Maroc a
rejeté le plan de paix pour l’autodétermination du peuple du Sahara
occidental, connu sous la dénomination de “plan Baker”. L’accord du
Polisario au plan onusien, attaché au principe d’autodétermination,
ainsi que le soutien de l’Algérie à la solution “médiane” néanmoins
favorable aux Marocains, ont apparemment surpris Rabat et ses alliés
avant de les conforter dans leur position à la suite à la démission
de James Baker de son poste d’envoyé personnel de l’ex-secrétaire
général des Nations unies, Kofi Annan.
Au cours de
l’année 2004, le trio France-Espagne-Maroc a affiché sa volonté de
trouver une solution au conflit, sans le Front Polisario et en
dehors du cadre de l’ONU. L’Algérie, sollicitée par ces pays, se
démarquera de leur démarche en réitérant sa position de principe en
faveur de la décolonisation du territoire sahraoui.
Plusieurs
événements vont survenir dans cette période, visant à discréditer le
Polisario et son principal soutien, l’Algérie. Mais à partir de mai
2005, une nouvelle dynamique de résistance se mettra en marche dans
les territoires sahraouis occupés, dont l’accès est interdit aux
observateurs et journalistes indépendants et renversera quelque peu
le rapport de forces : “l’Intifada sahraouie” revendique son droit à
l’autodétermination et à l’indépendance. Dans cette période, une
campagne internationale est également lancée pour dénoncer la
politique d’occupation, la persécution des militants sahraouis des
droits humains et l’exploitation illégale des richesses de
l’ex-colonie espagnole. Cette situation compromettra sérieusement le
Maroc en mettant à nu ses nombreuses violations aux droits de
l’homme et au droit international. Elle bousculera l’ONU, qui va
accélérer le processus de recherche d’un règlement et obligera
Rabat, soumis alors à des pressions internes et externes, à négocier
avec le mouvement de libération du Sahara occidental, le Front
Polisario.
Seulement les
autorités marocaines, confortées par certaines puissances
occidentales, vont réagir autrement, pour garder sauve le système
makhzénien et sa revendication territoriale. C’est ainsi qu’en 2006,
le jeune roi Mohammed VI installera un Conseil consultatif des
affaires sahariennes (Corcas) pour jouer la carte de la division
dans les rangs sahraouis et réduire, de la sorte, l’influence du
Polisario. Dans le même temps, une campagne, appuyée
particulièrement par Paris et Madrid, est lancée pour vendre le
fameux plan d’autonomie, accompagnée curieusement sur le terrain par
une réduction drastique de l’aide alimentaire internationale aux
réfugiés sahraouis. Fait nouveau, une partie de l’administration
américaine, inspirée par le groupe d’Elliot Abrams, se positionnera
ouvertement en faveur du projet marocain et ne cachera pas en outre
son impatience à en finir avec un dossier vieux de plus de trois
décennies. Une véritable bataille est cette fois engagée, au début
de l’année en cours, au sein même du Conseil de sécurité. Mais le
trio France-Etats-Unis-Espagne n’arrivera pas, en avril 2007, à
avaliser l’offre de Rabat, encore moins à détrôner la proposition
sahraouie.
Désormais, le
Maroc et le Front Polisario sont mis dos à dos et doivent entamer
des négociations directes, dans le respect de la résolution 1754.
On retiendra, au
sujet des deux premiers rounds de négociations, que le recours, par
les autorités chérifiennes, de la stratégie d’implication des
Sahraouis du Corcas, n’a pas été productive pour Rabat. Cela
d’autant que la délégation du Front Polisario est composée des mêmes
membres qui, en 1997, avaient signé avec les représentants du palais
royal les accords de Houston (USA) qui prévoyaient la tenue d’un
référendum d’autodétermination du peuple sahraoui en 1998.
La stratégie de
survie du Makhzen
Il est clair que
les Marocains et leurs alliés sont en train d’accentuer leurs
pressions sur les responsables sahraouis et sur l’Algérie. Pourtant,
le Maroc est aussi conscient du risque de ne plus pouvoir bénéficier
du même soutien à l’avenir. C’est dans ce cadre qu’il faudra,
peut-être, placer la victoire du vieux parti de l'Istiqlal, partisan
du projet du “Grand Maroc” des années cinquante aux dernières
élections législatives marocaines. Cette victoire est cependant
relative, parce qu’avec un fort taux d’abstention des législatives
(37% de participation), le système du Makhzen, dont le parti de
l’Istiqlal représente une des principales clientèles, est aux abois.
Il doit trouver vite une nouvelle stratégie de survie. Cela peut
expliquer la nomination récente d’un Fassi à la tête du gouvernement
marocain, et l’arrière-pensée d’enfermer la question sahraouie dans
une logique bilatérale algéro-marocaine pour mettre une croix sur
l’autodétermination du peuple sahraoui.
Toujours sur le
registre des pressions, il y a tentative de vouloir mettre en avant
le facteur déstabilisateur de la région du Sud. Si l’on se réfère
aux thèses avancées par le Maroc et ses alliés, la région du Sahara
occidental suscite des inquiétudes, pour cause de propagation des
groupes terroristes, du développement des canaux criminels et de
celui de l’immigration clandestine en provenance de l’Afrique
subsaharienne. On se rappelle sûrement les arguments insolites
développés par les officiels marocains, qui avaient qualifié le
Polisario de mouvement terroriste affilié à Al-Qaïda. Doit-on s’en
offusquer ? La question ne se pose même pas, car c’est le Maroc,
particulièrement le roi Hassan II, qui avait déclaré dans les années
quatre-vingt-dix que l’Algérie devait servir de laboratoire à la
prise du pouvoir par les islamistes.
Cela nous ramène à
la problématique de l’islamo-terrorisme, à ses objectifs
d’assujettissement des peuples et à ses logiques d’allégeance au
nouvel ordre mondial. Le retour crescendo des actes terroristes en
Algérie, surtout les attentats-suicides, vise de nouveau
l’affaiblissement et l’isolement de notre pays dans la conjoncture
actuelle. Sans réduire la responsabilité des dirigeants dans la
gestion “contrariée” du terrorisme ni les complicités internes,
certaines opérations terroristes semblent imposer le silence des
voix, encore présentes au sein des institutions de l’Etat, qui
restent attachées à la décolonisation du Sahara occidental. Vrai ou
faux, l’attentat à la bombe d’il y a quelques mois, qui a ciblé le
Palais du gouvernement, soulève encore des interrogations, d’autant
qu’il a été perpétré le lendemain du dépôt des propositions du
Polisario dans le bureau du secrétaire général de l’ONU. Des
propositions, certes imprévues initialement, qui ont changé la donne
et contrarié le Maroc et ses alliés.
Il ne faut pas se
leurrer : les Marocains iront au troisième round avec les mêmes
propositions “autonomistes” pour orienter le débat vers la
“marocanité” du territoire sahraoui. A moins d’un sursaut réel de
cet organe, le statu quo risque de s’installer à nouveau, à la
grande satisfaction de Rabat.
Z’hor Chérief
Haut
Nucléaire Iranien
La France vire
de bord
Les propos tenus
par le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, quant au
dossier nucléaire iranien, étaient lourds de sens et présagent d’une
vision plutôt alarmiste. Même si par la suite Kouchner a essayé de
recadrer ses propos, il reste que c’est la première impression qui
prime. Cela veut-il dire que Paris change de position et s’aligne
sur celle de Washington ? Tout porte à le croire.
Au Quai d’Orsay et
au cabinet du ministère des Affaires étrangères, on tente par tous
les moyens de dissiper l’impression de malaise qui s’est dégagée des
propos de Kouchner. “Dire qu’il faut se préparer au pire ne signifie
pas que l’on prépare le pire”, essaye de nuancer Eric Chevalier,
conseiller spécial au ministère des Affaires étrangères.
Le message est
clair. Il signifie que la France ne change pas de position et
privilégie toujours autant la voie diplomatique malgré ses
tentatives pour tempérer des déclarations aussi catégoriques.
L’impression générale qui prime conforte l’idée qu’il n’y a pas de
fumée sans feu et que la diplomatie française ne fait que suivre les
pas du président Nicolas Sarkozy qui, le 25 août 2007, n’a pas
hésité à mettre en garde les pays occidentaux contre “une
alternative catastrophique : la bombe iranienne ou le bombardement
iranien”. Les propos de Sarkozy, qui sont aussi clairs que possible,
n’ont-ils pas inspiré Bernard Kouchner qui, pour sa part, n’a pas
hésité à affirmer qu’“il faut se préparer au pire, et le pire c’est
la guerre” ?
Pour sa part, le
Premier ministre François Fillon a déclaré aux journalistes que la
tension est à son extrême avec l’Iran en raison de la crise
nucléaire.
“Le ministre des
Affaires étrangères a raison de dire que la situation est dangereuse
et qu’elle doit être prise au sérieux”, explique le ministre, qui
confirme ainsi la tendance de la France à réellement envisager le
pire. Car il va de soi que les déclarations de ces responsables
français se situent toutes sur fond généralisé de roulements de
tambours. En effet, depuis que Nicolas Sarkozy a été élu président,
la France a carrément choisi l’option des Etats-Unis et remplace
ainsi la Grande-Bretagne qui, de par sa participation à la guerre
contre l’Irak, s’est attirée les foudres de l’opinion publique
d’Outre-Manche.
Selon un article
publié par le quotidien Al Qods Al Arabi, édité à Londres, les
déclarations de Sarkozy ne sont pas fortuites, elles font partie du
dispositif de préparation psychologique et matérielle que comptent
faire, au cours des six prochains mois, les Etats-Unis et Israël
contre l’Iran. D’ores et déjà 2 000 objectifs seraient retenus par
le Pentagone, dont la majorité n’a rien à voir avec les
installations nucléaires. La guerre contre l’Iran serait-elle proche
? Si l’on tient compte de ces interventions de ces hauts
responsables français, on dirait qu’une autre issue est impossible.
En attendant que les choses se précisent un peu, la France, dont
tout le monde a perçu le net changement de ton depuis l’élection de
Sarkozy, met en avant sa préférence pour “une action diplomatique
accompagnée de fortes pressions et de sanctions programmées,
progressives mais révisibles” pour que l’Iran accepte de se
conformer aux trois exigences posées par la résolution 1247 du
Conseil de sécurité, dont la première est la suspension de son
programme d’enrichissement. Il faut savoir que Paris ne s’arrête pas
en si bon chemin et compte renforcer la pression sur l’Iran avec ses
partenaires de l’Union européenne, des sanctions autres que celles
infligées par l’ONU. Pour commencer, le gouvernement a presque
interdit à certaines grandes entreprises françaises, comme Total,
Gaz de France et Renault, de répondre aux appels d’offres émis par
l’Iran. “On n’interdit pas aux entreprises de soumissionner, on leur
a conseillé de ne pas le faire”, affirme Bernard Kouchner. La ligne
de démarcation est presque invisible, et si le mot “interdit” n’a
pas été clairement prononcé, il faut comprendre que l’intention y
est pour beaucoup. Mais ce n’est pas tout et ce n’est qu’un début.
La visite de
Kouchner en Russie n’avait qu’un seul but : essayer de convaincre le
ministre russe Serguei Ivanov sur la nécessité de durcir le ton et
d’adopter des sanctions encore plus rigoureuses face au président
iranien qui n’arrête pas de lancer des défis à l’Occident et de le
décrire comme étant “incapable de poser des problèmes militaires à
l’Iran”. Car nul n’ignore que la Russie est l’un des membres
permanents du Conseil de sécurité et dispose de ce fait d’un droit
de veto sur les résolutions. La Russie acceptera-t-elle les
arguments avancés par Kouchner, surtout quand on sait qu’elle a
beaucoup d’intérêt en Iran ? Elle est le premier pourvoyeur de
carburant pour les centrales de l’Iran. L’on sait aussi que la
Russie et la Chine, qui font partie des pays engagés sur le dossier
iranien, préfèrent donner une chance aux pourparlers relancés cet
été entre Téhéran et l’Agence internationale de l’énergie atomique
(AIEA).
Pour sa part,
l’Iran n’a aucunement l’intention de cesser ses activités
nucléaires, allant même plus loin puisqu’il a affirmé que si de
nouvelles sanctions tombaient, il n’hésiterait pas à suspendre sa
coopération avec l’AIEA. La situation semble de plus en plus
difficile entre un Occident convaincu que l’activité nucléaire de
l’Iran n’est qu’un paravent à des activités militaires et un
président iranien qui n’arrête pas de démentir et d’affirmer que
l’usage du nucléaire serait civil. Le directeur de l’AIEA, qui a
toujours demandé aux pays européens et aux Etats-Unis de faire
confiance à l’Iran, n’échappe pas aux critiques. La situation n’est
pas près de trouver un dénouement, surtout avec le durcissement de
la position française. Ce durcissement devrait sans aucun doute
séduire les Etats-Unis dont Sarkozy, et tout le monde l’aura
remarqué, souhaite se rapprocher. Un rapprochement qui ne fera
qu’agrandir le fossé entre Téhéran et les pays occidentaux. Même
l’AIEA n’a rien pu faire dans ce sens. Faut-il réellement envisager
le pire, comme le croit Kouchner ? Il n’y a pas de fumée sans feu.
Khadidja
Mohamed Bouziane
Haut
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