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Semaine du 26 septembre au 2 octobre  2007

 

En prévision des prochaines négociations

Rabat aiguise ses armes

Nucléaire Iranien

La France vire de bord

 

 

 

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En prévision des prochaines négociations

Rabat aiguise ses armes

Le Maroc veut des pourparlers sur mesure, pour obtenir la validation de son projet d’autonomie au Sahara occidental.

Le secrétariat général de l’Organisation des Nations unies vient de proposer de nouvelles négociations entre le Maroc et le Front Polisario d’ici à la fin de l’année 2007. Peter Van Walsum, l’envoyé personnel de Ban Ki-Moon, a en effet suggéré aux deux parties de tenir “à la fois un troisième et un quatrième round des négociations” en novembre à Genève, au lieu de Manhasset (Etats-Unis) où se sont déroulées les deux premiers rendez-vous (les18-19 juin et les 10-11 août). Alors que les Sahraouis ont donné leur accord, les Marocains se sont abstenus, sous prétexte de la tenue des élections législatives au royaume qui ont eu lieu pourtant le 7 septembre 2007.

L’initiative des négociations découle des dernières recommandations du Conseil de sécurité, conformément à la résolution 1754 du 30 avril 2007 sur le Sahara occidental. Celle-ci invite les parties marocaine et sahraouie à des négociations sous les auspices de l’ONU, en vue de parvenir à “une solution politique juste et mutuellement acceptable, qui garantit le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination”. A partir de là, il faut croire que les raisons de l’ajournement marocain sont ailleurs et portent comme finalité la caution, par la communauté internationale, du fameux projet d’autonomie dans l’ex-colonie espagnole.

Pour saisir les enjeux, il faut remonter au moins à l’année 2003, lorsque le Maroc a rejeté le plan de paix pour l’autodétermination du peuple du Sahara occidental, connu sous la dénomination de “plan Baker”. L’accord du Polisario au plan onusien, attaché au principe d’autodétermination, ainsi que le soutien de l’Algérie à la solution “médiane” néanmoins favorable aux Marocains, ont apparemment surpris Rabat et ses alliés avant de les conforter dans leur position à la suite à la démission de James Baker de son poste d’envoyé personnel de l’ex-secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan.

Au cours de l’année 2004, le trio France-Espagne-Maroc a affiché sa volonté de trouver une solution au conflit, sans le Front Polisario et en dehors du cadre de l’ONU. L’Algérie, sollicitée par ces pays, se démarquera de leur démarche en réitérant sa position de principe en faveur de la décolonisation du territoire sahraoui.

Plusieurs événements vont survenir dans cette période, visant à discréditer le Polisario et son principal soutien, l’Algérie. Mais à partir de mai 2005, une nouvelle dynamique de résistance se mettra en marche dans les territoires sahraouis occupés, dont l’accès est interdit aux observateurs et journalistes indépendants et renversera quelque peu le rapport de forces : “l’Intifada sahraouie” revendique son droit à l’autodétermination et à l’indépendance. Dans cette période, une campagne internationale est également lancée pour dénoncer la politique d’occupation, la persécution des militants sahraouis des droits humains et l’exploitation illégale des richesses de l’ex-colonie espagnole. Cette situation compromettra sérieusement le Maroc en mettant à nu ses nombreuses violations aux droits de l’homme et au droit international. Elle bousculera l’ONU, qui va accélérer le processus de recherche d’un règlement et obligera Rabat, soumis alors à des pressions internes et externes, à négocier avec le mouvement de libération du Sahara occidental, le Front Polisario.

Seulement les autorités marocaines, confortées par certaines puissances occidentales, vont réagir autrement, pour garder sauve le système makhzénien et sa revendication territoriale. C’est ainsi qu’en 2006, le jeune roi Mohammed VI installera un Conseil consultatif des affaires sahariennes (Corcas) pour jouer la carte de la division dans les rangs sahraouis et réduire, de la sorte, l’influence du Polisario. Dans le même temps, une campagne, appuyée particulièrement par Paris et Madrid, est lancée pour vendre le fameux plan d’autonomie, accompagnée curieusement sur le terrain par une réduction drastique de l’aide alimentaire internationale aux réfugiés sahraouis. Fait nouveau, une partie de l’administration américaine, inspirée par le groupe d’Elliot Abrams, se positionnera ouvertement en faveur du projet marocain et ne cachera pas en outre son impatience à en finir avec un dossier vieux de plus de trois décennies. Une véritable bataille est cette fois engagée, au début de l’année en cours, au sein même du Conseil de sécurité. Mais le trio France-Etats-Unis-Espagne n’arrivera pas, en avril 2007, à avaliser l’offre de Rabat, encore moins à détrôner la proposition sahraouie.

Désormais, le Maroc et le Front Polisario sont mis dos à dos et doivent entamer des négociations directes, dans le respect de la résolution 1754.

On retiendra, au sujet des deux premiers rounds de négociations, que le recours, par les autorités chérifiennes, de la stratégie d’implication des Sahraouis du Corcas, n’a pas été productive pour Rabat. Cela d’autant que la délégation du Front Polisario est composée des mêmes membres qui, en 1997, avaient signé avec les représentants du palais royal les accords de Houston (USA) qui prévoyaient la tenue d’un référendum d’autodétermination du peuple sahraoui en 1998.

La stratégie de survie du Makhzen

Il est clair que les Marocains et leurs alliés sont en train d’accentuer leurs pressions sur les responsables sahraouis et sur l’Algérie. Pourtant, le Maroc est aussi conscient du risque de ne plus pouvoir bénéficier du même soutien à l’avenir. C’est dans ce cadre qu’il faudra, peut-être, placer la victoire du vieux parti de l'Istiqlal, partisan du projet du “Grand Maroc” des années cinquante aux dernières élections législatives marocaines. Cette victoire est cependant relative, parce qu’avec un fort taux d’abstention des législatives (37% de participation), le système du Makhzen, dont le parti de l’Istiqlal représente une des principales clientèles, est aux abois. Il doit trouver vite une nouvelle stratégie de survie. Cela peut expliquer la nomination récente d’un Fassi à la tête du gouvernement marocain, et l’arrière-pensée d’enfermer la question sahraouie dans une logique bilatérale algéro-marocaine pour mettre une croix sur l’autodétermination du peuple sahraoui.

Toujours sur le registre des pressions, il y a tentative de vouloir mettre en avant le facteur déstabilisateur de la région du Sud. Si l’on se réfère aux thèses avancées par le Maroc et ses alliés, la région du Sahara occidental suscite des inquiétudes, pour cause de propagation des groupes terroristes, du développement des canaux criminels et de celui de l’immigration clandestine en provenance de l’Afrique subsaharienne. On se rappelle sûrement les arguments insolites développés par les officiels marocains, qui avaient qualifié le Polisario de mouvement terroriste affilié à Al-Qaïda. Doit-on s’en offusquer ? La question ne se pose même pas, car c’est le Maroc, particulièrement le roi Hassan II, qui avait déclaré dans les années quatre-vingt-dix que l’Algérie devait servir de laboratoire à la prise du pouvoir par les islamistes.

Cela nous ramène à la problématique de l’islamo-terrorisme, à ses objectifs d’assujettissement des peuples et à ses logiques d’allégeance au nouvel ordre mondial. Le retour crescendo des actes terroristes en Algérie, surtout les attentats-suicides, vise de nouveau l’affaiblissement et l’isolement de notre pays dans la conjoncture actuelle. Sans réduire la responsabilité des dirigeants dans la gestion “contrariée” du terrorisme ni les complicités internes, certaines opérations terroristes semblent imposer le silence des voix, encore présentes au sein des institutions de l’Etat, qui restent attachées à la décolonisation du Sahara occidental. Vrai ou faux, l’attentat à la bombe d’il y a quelques mois, qui a ciblé le Palais du gouvernement, soulève encore des interrogations, d’autant qu’il a été perpétré le lendemain du dépôt des propositions du Polisario dans le bureau du secrétaire général de l’ONU. Des propositions, certes imprévues initialement, qui ont changé la donne et contrarié le Maroc et ses alliés.

Il ne faut pas se leurrer : les Marocains iront au troisième round avec les mêmes propositions “autonomistes” pour orienter le débat vers la “marocanité” du territoire sahraoui. A moins d’un sursaut réel de cet organe, le statu quo risque de s’installer à nouveau, à la grande satisfaction de Rabat.

Z’hor Chérief

 

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Nucléaire Iranien

La France vire de bord

Les propos tenus par le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, quant au dossier nucléaire iranien, étaient lourds de sens et présagent d’une vision plutôt alarmiste. Même si par la suite Kouchner a essayé de recadrer ses propos, il reste que c’est la première impression qui prime. Cela veut-il dire que Paris change de position et s’aligne sur celle de Washington ? Tout porte à le croire.

Au Quai d’Orsay et au cabinet du ministère des Affaires étrangères, on tente par tous les moyens de dissiper l’impression de malaise qui s’est dégagée des propos de Kouchner. “Dire qu’il faut se préparer au pire ne signifie pas que l’on prépare le pire”, essaye de nuancer Eric Chevalier, conseiller spécial au ministère des Affaires étrangères.

Le message est clair. Il signifie que la France ne change pas de position et privilégie toujours autant la voie diplomatique malgré ses tentatives pour tempérer des déclarations aussi catégoriques. L’impression générale qui prime conforte l’idée qu’il n’y a pas de fumée sans feu et que la diplomatie française ne fait que suivre les pas du président Nicolas Sarkozy qui, le 25 août 2007, n’a pas hésité à mettre en garde les pays occidentaux contre “une alternative catastrophique : la bombe iranienne ou le bombardement iranien”. Les propos de Sarkozy, qui sont aussi clairs que possible, n’ont-ils pas inspiré Bernard Kouchner qui, pour sa part, n’a pas hésité à affirmer qu’“il faut se préparer au pire, et le pire c’est la guerre” ?

Pour sa part, le Premier ministre François Fillon a déclaré aux journalistes que la tension est à son extrême avec l’Iran en raison de la crise nucléaire.

“Le ministre des Affaires étrangères a raison de dire que la situation est dangereuse et qu’elle doit être prise au sérieux”, explique le ministre, qui confirme ainsi la tendance de la France à réellement envisager le pire. Car il va de soi que les déclarations de ces responsables français se situent toutes sur fond généralisé de roulements de tambours. En effet, depuis que Nicolas Sarkozy a été élu président, la France a carrément choisi l’option des Etats-Unis et remplace ainsi la Grande-Bretagne qui, de par sa participation à la guerre contre l’Irak, s’est attirée les foudres de l’opinion publique d’Outre-Manche.

Selon un article publié par le quotidien Al Qods Al Arabi, édité à Londres, les déclarations de Sarkozy ne sont pas fortuites, elles font partie du dispositif de préparation psychologique et matérielle que comptent faire, au cours des six prochains mois, les Etats-Unis et Israël contre l’Iran. D’ores et déjà 2 000 objectifs seraient retenus par le Pentagone, dont la majorité n’a rien à voir avec les installations nucléaires. La guerre contre l’Iran serait-elle proche ? Si l’on tient compte de ces interventions de ces hauts responsables français, on dirait qu’une autre issue est impossible. En attendant que les choses se précisent un peu, la France, dont tout le monde a perçu le net changement de ton depuis l’élection de Sarkozy, met en avant sa préférence pour “une action diplomatique accompagnée de fortes pressions et de sanctions programmées, progressives mais révisibles” pour que l’Iran accepte de se conformer aux trois exigences posées par la résolution 1247 du Conseil de sécurité, dont la première est la suspension de son programme d’enrichissement. Il faut savoir que Paris ne s’arrête pas en si bon chemin et compte renforcer la pression sur l’Iran avec ses partenaires de l’Union européenne, des sanctions autres que celles infligées par l’ONU. Pour commencer, le gouvernement a presque interdit à certaines grandes entreprises françaises, comme Total, Gaz de France et Renault, de répondre aux appels d’offres émis par l’Iran. “On n’interdit pas aux entreprises de soumissionner, on leur a conseillé de ne pas le faire”, affirme Bernard Kouchner. La ligne de démarcation est presque invisible, et si le mot “interdit” n’a pas été clairement prononcé, il faut comprendre que l’intention y est pour beaucoup. Mais ce n’est pas tout et ce n’est qu’un début.

La visite de Kouchner en Russie n’avait qu’un seul but : essayer de convaincre le ministre russe Serguei Ivanov sur la nécessité de durcir le ton et d’adopter des sanctions encore plus rigoureuses face au président iranien qui n’arrête pas de lancer des défis à l’Occident et de le décrire comme étant “incapable de poser des problèmes militaires à l’Iran”. Car nul n’ignore que la Russie est l’un des membres permanents du Conseil de sécurité et dispose de ce fait d’un droit de veto sur les résolutions. La Russie acceptera-t-elle les arguments avancés par Kouchner, surtout quand on sait qu’elle a beaucoup d’intérêt en Iran ? Elle est le premier pourvoyeur de carburant pour les centrales de l’Iran. L’on sait aussi que la Russie et la Chine, qui font partie des pays engagés sur le dossier iranien, préfèrent donner une chance aux pourparlers relancés cet été entre Téhéran et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Pour sa part, l’Iran n’a aucunement l’intention de cesser ses activités nucléaires, allant même plus loin puisqu’il a affirmé que si de nouvelles sanctions tombaient, il n’hésiterait pas à suspendre sa coopération avec l’AIEA. La situation semble de plus en plus difficile entre un Occident convaincu que l’activité nucléaire de l’Iran n’est qu’un paravent à des activités militaires et un président iranien qui n’arrête pas de démentir et d’affirmer que l’usage du nucléaire serait civil. Le directeur de l’AIEA, qui a toujours demandé aux pays européens et aux Etats-Unis de faire confiance à l’Iran, n’échappe pas aux critiques. La situation  n’est pas près de trouver un dénouement, surtout avec le durcissement de la position française. Ce durcissement devrait sans aucun doute séduire les Etats-Unis dont Sarkozy, et tout le monde l’aura remarqué, souhaite se rapprocher. Un rapprochement qui ne fera qu’agrandir le fossé entre Téhéran et les pays occidentaux. Même l’AIEA n’a rien pu faire dans ce sens. Faut-il réellement envisager le pire, comme le croit Kouchner ? Il n’y a pas de fumée sans feu.

Khadidja Mohamed Bouziane

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