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Condoleezza
Rice ou l’échec d’une diplomatie
La garde
rapprochée de George Bush (les néo-conservateurs) est en net déclin.
Après Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz, c’est au tour de Condoleezza
Rice d’être dans une situation délicate qui pourrait lui coûter son
poste.
L'actuelle flambée
de violence au Liban témoigne des difficultés auxquelles se heurte
la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, qui voit sa marge
de manœuvre se réduire chaque jour davantage de Bagdad à Gaza en
passant par Beyrouth.
La chef de la
diplomatie américaine, qui a bâti sa stratégie au Moyen-Orient sur
un soutien appuyé à des dirigeants arabes qualifiés de modérés pour
contenir l'influence de l'Iran et de la Syrie, voit ses alliés
s'affaiblir inexorablement ou s'éloigner, tandis que les régimes
honnis de Washington se renforcent. Témoin de la baisse de ses
ambitions, le rythme des voyages de la secrétaire d'Etat a
nettement ralenti. Alors qu'elle avait parcouru près de 400 000 km
par an dans ses périples autour du monde en 2005 et 2006, elle n'en
a fait que 110 000 depuis le début de l'année, selon une compilation
du département d'Etat. "Condoleezza Rice est d'une discrétion
croissante, remarquait récemment un diplomate européen. Elle
apparaît fonctionner davantage en réaction qu'en action."
Sur tous les
dossiers chauds du Moyen-Orient, l'administration Bush, qui n'a
plus que 18 mois devant elle, apparaît affaiblie, voire impuissante.
En Irak, Washington a échoué à contenir la montée en puissance de
l'Iran, malgré l'appui apporté au Premier ministre Nouri al-Maliki,
un chiite. Rice l’a reconnu de facto en ouvrant – tardivement et
sous la pression – un dialogue timide et limité avec Téhéran. Une
réunion au niveau des ambassadeurs est prévue prochainement.
La secrétaire
d'Etat s'est aussi résolue à rencontrer son homologue syrien
Walid Mouallem
début mai pour lui demander son aide en Irak, après avoir traité
Damas par le mépris depuis deux ans. Le dossier israélo-palestinien,
que Rice s'était engagée à débloquer en début d'année, est au point
mort en raison principalement de la faiblesse des protagonistes. La
chef de la diplomatie américaine a dû annuler récemment une tournée
dans la région en raison des incertitudes sur l'avenir politique du
Premier ministre israélien Ehud Olmert. Elle a en outre vu ses
efforts pour affaiblir le mouvement Hamas anéantis par l'Arabie
Saoudite, avec laquelle les relations de l'administration Bush ne
cessent de se dégrader : Riyad a mis sur pied un gouvernement
d'union nationale réunissant le Fatah de Mahmoud Abbas et le Hamas
du Premier ministre Ismaïl Hanyieh, ce qui a irrité Washington,
toujours déterminé à isoler le Hamas.
Au Liban, le
Premier ministre Fouad Siniora est confronté aux violences les plus
sanglantes depuis la fin de la guerre civile en 1990, après avoir
appelé le Conseil de sécurité de l'ONU à imposer le Tribunal
international sur l'assassinat de Rafic Hariri, qu'il n'a pas
réussi à obtenir de son propre Parlement.
"Cela montre qu'il
y a des forces de l'extrémisme violent qui tentent de
faire dérailler
les efforts des peuples de la région à parvenir à une vie
meilleure", croit savoir le porte-parole du département d'Etat, Sean
McCormack. "Nous nous battrons contre ceux qui refusent toute
réconciliation politique. Nous bâtirons les institutions qui
soutiendront la démocratie et la liberté dans la région", a-t-il
ajouté sans grande conviction. "Mais c'est dur." Un constat qui
cache mal l’échec.
Pour Steven Cook,
un expert du Council of Foreign Relations, Washington n'a pas
suffisamment joué la carte du dialogue, notamment avec la Syrie,
avec laquelle les relations diplomatiques n'ont jamais été rompues,
contrairement à l'Iran.
"Je pense que les
Etats-Unis ne devraient pas utiliser les relations diplomatiques
comme une carotte ou un bâton mais comme un élément à part entière
de leur politique étrangère", estime-t-il.
Le Proche et
Moyen-Orient sont dans une situation explosive et même les rapports
avec la Russie sont empreints de relents de guerre froide, la
diplomatie “de la canonnière”, chère à Bush et Rice, a montré ses
limites. Elle n’a fait qu’embraser le monde et le rendre moins sûr…
L.H.
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Tirs de missiles nord-coréens
Une
démonstration de force?
Les tirs d'essai
de missiles auxquels la Corée du Nord a procédé dernièrement, au
large de ses côtes, relèvent davantage de la bravade chère au
régime communiste, particulièrement lorsqu'il cherche à accentuer
la pression pour négocier en force, selon les experts. Ces tirs de
missiles à courte portée, qui n'ont pas mis en danger la sécurité
de ses voisins, pourraient s'interpréter comme une volonté de faire
pression sur Séoul qui vient de reporter ses livraisons de riz au
Nord.
La Corée du Sud a
décidé, jeudi dernier, de différer l'envoi de 400.000 tonnes de riz
tant que le régime communiste n'aura pas appliqué l'accord
multipartite sur sa dénucléarisation signé le 13 février à Pékin.
"Le Nord doit arrêter son chantage avec ses missiles visant à
arracher une aide de riz à la Corée du Sud", s'est insurgé le Grand
parti national sud-coréen (GNP, opposition). Mais cette salve de
missiles pourrait aussi être le signe de l'irritation du régime de
Kim Jong-il à l'adresse des Etats-Unis et de la Chine face au retard
pris par les discussions nucléaires, selon les observateurs.
Un différend
financier entre Pyongyang et Washington bloque toujours la mise en
œuvre de l'accord aux termes duquel le Nord est censé recevoir une
importante aide énergétique en échange de l'arrêt de son réacteur
nucléaire de Yongbyon. Les missiles n'étaient pas des ogives
balistiques et leur importance a été aussitôt minimisée par la
Maison-Blanche, qui a évoqué un simple "exercice de routine".
Le Premier
ministre japonais Shinzo Abe a affirmé que ces tirs ne
constituaient "pas un grave problème pour la sécurité du Japon". A
l'inverse, Pyongyang avait déclenché une véritable crise
internationale, en juillet 2006, en testant sept missiles
balistiques (un à longue portée et six à moyenne portée) au large de
ses côtes. Ils s'étaient tous abîmés en mer mais leur lancement
avait provoqué un vif émoi. Enfin, les derniers tirs pourraient
constituer une réponse adressée à la Corée du Sud qui inaugurait au
même moment son premier destroyer équipé du système de combat
antimissile Aegis. Un timing loin d'être fortuit, relève Kim Tae-Woo
de l'Institut coréen d'analyses de Défense, financé par le
gouvernement de Séoul. "Le Nord visiblement cherchait à faire
démonstration de ses armes au moment où la Corée du Sud inaugurait
son premier destroyer Aegis" équipé de technologies d'interception
parmi les plus sophistiquées, estime-t-il. La tension était montée
cette semaine entre les deux Corées, toujours théoriquement en
guerre faute de traité de paix mettant fin au conflit de 1950-53. Le
Nord a accusé Séoul d'avoir violé une frontière maritime sensible en
mer Jaune en y dépêchant des navires de guerre. Cette frontière,
jamais reconnue par le Nord, s'est avérée une zone de friction
récurrente où des escarmouches ont fait plusieurs dizaines de morts
depuis 1999.
L.H.
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