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Syndrome
identitaire
Le masri langue Wikipedienne
La gestion politique et idéologique de la question
linguistique et son traitement bureaucratique commencent à produire,
des années après les indépendances, des réactions différées au cœur
même du foyer de l'arabisme. L'arabisation exclusive s'est déjà
trouvée confrontée à une opposition au sein des pays où les pouvoirs
ont imposé la langue arabe comme langue officielle.
Fait nouveau, cette opposition n’est plus l’apanage de
l’Afrique du Nord et elle prend de l’ampleur en Egypte où des
mouvements revendiquent l’identité locale et la prise en compte de
l’histoire du pays qu’ils considèrent comme étant opprimées et
marginalisées. Ce sont les arguments les plus exprimés. Mais ce qui
a rendu possible le fait que la contestation s’élargisse c’est
l’échec des politiques d’arabisation et l’incapacité de l’arabe
officiel à s’imposer comme langue de communication économique et
sociale, à exprimer les cultures locales et à remplacer
concrètement les langues occidentales, comme langue d’ouverture sur
le monde et comme langue universitaire et scientifique. Parfois, la
réponse des «insurgés», dont la langue de vie est exclue, est
dirigée contre la charge religieuse que porte l’arabe, peut
favorable à la liberté de pensée, et contre la priorité donnée au
religieux au détriment du travail de la connaissance et du
développement artistique et culturel. Ce qui répond au fait que
l’arabe est défendu par les partisans de l’arabisation
principalement comme langue du Coran, de plus, la formule « nous
sommes des Arabes » devenue inopérante est, parfois, remplacée par
une autre, tout aussi inopérante, qui est «nous sommes arabisés par
l’Islam». L’argument ne tenant pas, cela n’a d’autre effet que de
renforcer l’opposition, quand on sait que l’écrasante majorité des
musulmans vit dans des pays où l’identité, la culture et la langue
locales sont promues et préservées et où l’Islam, en dehors de la
sphère religieuse, n’a rien arabisé. A cela, il faut ajouter que le
berceau de la langue, l’Arabie, s’affirme et se manifeste plutôt en
tant que société rigoriste, fermée et propagandiste du wahhabisme,
qu’en tant que promoteur de la culture arabe qu’elle tente, au
contraire de brider et de purifier en «islamisant» le contenu des
produits.
La stérilité culturelle de l’Arabie et la place privilégiée
de l’Egypte, au Moyen Orient, ont permis que la culture dite arabe
y a été essentiellement produite et que c’est ce pays qui a servi
de référence et de centre du « monde arabe », la Syrie et le Liban,
ont aussi, dans une moindre mesure, joué un rôle dans la production
culturelle, à travers la littérature et le cinéma, mais l’Egypte
continue de dominer la scène, tout en perdant du terrain.
Il faut préciser, que c’est le masri et non l’arabe qui est
le plus véhiculé par les œuvres égyptiennes les plus populaires
(cinéma, théâtre, chansons…). Et au-delà du domaine religieux,
l’arabe est resté une langue académique que très peu d’écrivains ou
de poètes ont pu promouvoir, ce qui n’a pas aidé à en imprégner les
populations et à en faire une langue véhiculaire, malgré
l’arabisation de l’enseignement à presque tout les degrés.
Et voila qu’un mouvement « anti-arabe » progresse au pays
des pharaons. Et c’est justement le masri qui est revendiqué. Cette
langue qui a été, durant des décennies, imposée à tous les foyers du
«monde arabe» et qui est désormais plus comprise que l’arabe veut
prétendre à l’émancipation.
Internet va offrir la possibilité aux partisans du masri,
libéré de l’arabe, de le faire voler de ses propres ailes. Le
projet d’une Wikipedia masri a été lancé lors de la conférence
«Wikimania 2008», tenue à la Bibliotheca Alexandrina. Copie
de Wikipedia arabe, à ses débuts, Wikipedia-masri eu de nouveaux
articles écrits uniquement pour lui. Un an après sa création, la
Wikipedia-masri compte aujourd’hui plus de 4 000 documents et des
milliers d’utilisateurs égyptiens et non-égyptiens.
Lorsque des Internautes ont en fait la requête, le choix du
parler égyptien, en particulier, parmi une vingtaine de dialectes
pour représenter la langue natale arabe, n’a rien d’exceptionnel, la
communauté de langues de Wikipedia a approuvé. La raison de
l’acceptation découle, en droite ligne, de la réalité de l’expansion
du masri à travers un grand nombre de pays de la région dite arabe
et à travers le monde. En dehors de l’Egypte plus de cent millions
d’individus comprennent l’égyptien. Les responsables de Wikipedia
précisent que : «Les Egyptiens sont effectivement les plus nombreux
à participer dans la Wikipedia arabe, c’est-à-dire que les
statistiques montrent que le plus grand nombre d’articles dans la
Wikipedia arabe sont envoyés par des Egyptiens. Et on n’accepte pas
toutes les demandes de la création de nouvelles Wikipedias. On a
effectivement un peu de difficultés à faire le tri et à choisir une
langue en particulier. Parce qu’il y a des demandes pour d’autres
langues qui ne marchent pas forcément, on les refuse donc
systématiquement». Wikipedia existe dans plus de 250 langues et
veut, autant que possible, s’adresser aux internautes dans leurs
langues maternelles, mais ils n’ont choisi que 10 langues dites
natales, dont le masri.
La réaction des adversaires est virulente, en Egypte et
ailleurs. Il faut dire que Wikipedia échappe au pouvoir politique,
qui impose que la langue de l’école, de la presse, de
l’administration et même de la littérature soit l’arabe. L’affaire
est vécue comme un rejet de la langue arabe, de surcroit, venant de
citoyens d’un pays qui est consacré « moteur de la culture arabe ».
Cette irruption d’une langue minorée, sur ce qui est en passe de se
transformer en voie privilégiée de la communication mondialisée, a
toute l’apparence d’un danger majeure sur l’ordre linguistique en
vigueur. Cité par Al Ahram, un Egyptien estime que : « Ceux qui
écrivent donc en masri auraient pu consacrer leurs efforts à écrire
en arabe classique, qui reste absente sur Wikipedia, comparée au
persan, turc, etc. Il n’y a pas de mal à aimer sa langue maternelle
dans la rue et même l’utiliser partout. Mais il y a une différence
entre faire revivre sa langue maternelle bien aimée et l’utiliser en
politique, pour prouver enfin que les 1 500 ans d’histoire arabe,
turque, mamelouke et islamique n’existent pas, ou les supprimer des
livres d’histoire comme une longue période d’occupation, avec tous
leurs effets comme la langue arabe et la religion ! Faut-il oublier
tout ça ? ». Le ton est donné, ne pas écrire en arabe c’est faire de
la politique être contre l’arabe et vouloir l’éliminer.
La virulence des conservateurs se situe dans le fait qu’il
existe en Egypte une revendication pharaonique qui serait
«violemment» anti-arabe. Le parallèle est vite fait avec le
mouvement amazigh nord-africain et les deux seraient, localement,
les expressions d’une idéologie anti-arabe et «anti-islamique».
Les déductions ne s’arrêtent pas là. Les accusations
s’étendent et imputent aux partisans du masri la volonté d’éradiquer
la culture arabo-musulmane et de viser à séparer l’Egypte de son
ensemble géopolitique. L’ennemi américano-sioniste est mis en avant
et serait à l’origine des «projets culturel» qui utilisent le
«dialecte égyptien». L’objectif serait celui de la configuration du
Grand Moyen-Orient avec des morceaux de pays démembrés.
Loin de ces fantasmes, force est de constater, que pour des
couches de plus en plus larges des populations «arabes», il y a une
sérieuse nécessité de s’exprimer dans leurs langues maternelles et
de donner, ainsi, à leurs œuvres écrites ou parlées le contenu
linguistique de la vie réelle, avec ses faits, ses actes et ses
émotions, que seule peut dire une langue qui en est, à la fois, le
produit et le véhicule.
Tant mieux si le « moteur » mondial de l’arabisation est
secoué, lui-même, par des mouvements centrifuges, si cela peut
clarifier le débat et ouvrir les voies à des solutions au blocage
qui affecte en profondeur des sociétés en mal d’identités et des
cultures en mal de reconnaissance.
Par Ahmed Halfaoui
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Portrait/Anniversaire
de la disparition de Houari Boumediene
Bribes et réminiscences d’une Algérie disparue
La coïncidence d'avec la disparition en 1978 de Houari
Boumediene nous a donné l'idée de revenir, non pas doctement et
supérieurement (d'autres s'en chargeront) sur les aspects
politiques de cette période de notre histoire, mais sur nous-mêmes,
sur le pays, tels qu'en eux-mêmes ils furent.
Ceux et celles que l’on appelle la génération de l’
indépendance auront grandi avec lui. Ceux et celles qui ont eu à
vivre les derniers restes de leur enfance ou les premiers pas de
leur adolescence dans l’ambiance fougueuse des années qui ont suivi
le retour du pays dans le «concert des nations», comme l’on disait à
l’époque, ne peuvent pas avoir oublié tout ce que dans quoi l’on
baignait en ces deux premières décennies de retour à la
souveraineté, autant collective qu’individuelle. Pourquoi est-il
aussi difficile, lorsque l’on ne se pose pas comme point de départ
de parler de cette époque uniquement sous le strict point de vue
politique, de commencer son propos ? Sans doute est-ce aussi du au
fait qu’il s’agit là d’une époque, d’un contexte historique
aujourd’hui, sinon disparu, du moins en ruines. Posons la question
et tentons de voir ce qui peut, à partir de l’Algérie d’aujourd’hui,
nous rappeler celle qu’alors nous avions connu et aimé. Passons sur
les grands attributs qui sont ceux de tout pays libre et souverain.
Rien à dire ou à redire sur ce plan là. Passons aussi sur les
caractéristiques géographiques, géologiques ou encore écologiques,
celles là ne nous intéressent pas directement ici ; et de toutes
façons, elles ne sauraient avoir fondamentalement changé. Essayons
juste de voir et de revoir comment alors nous vivions, comment alors
nous nous percevions. Pour ce faire, il serait plus opportun de
parler à la première personne du singulier. Le présent papier
n’ayant pas la prétention – d’autres se chargeront de le faire – de
dresser un scanner politico-économique de l’époque ici prise en
considération.
Il me souvient donc que les mots qui revenaient le plus
souvent alors sont alphabétisation, éducation, édification, lutte,
combat, développement, masses populaires, paysans, ouvriers, front,
union ; le tout marqué au sceau du mot sacré de révolution, avec ou
sans s. il était par conséquent impossible d’être dans cette époque
sans être engagé dans l’une ou l’autre des voies ouvertes par
l’indépendance du pays. D’où un niveau de politisation, un intérêt
pour la chose politique que l’on aurait tendance à regretter, et
sans nostalgie, aujourd’hui. S’il est vrai que l’on ne peut arrêter
la marche du temps, il est non moins vrai que les hommes sont par
nature astreints à poser des balises qui leur permettent de se
repérer au sein et dans cette même marche du temps. Ce n’est par
conséquent pas parce que ce fut le temps de nos premiers pas
d’hommes et de femmes dans la vie que nous pourrions être accusés, à
tort ou à raison, c’est selon, d’avoir la nostalgie d’une époque où,
même si non palpables ou encore évidentes au plan politique, les
libertés individuelles, au moins au plan de la sphère strictement
privée et toute personnelle, n’en étaient pas moins une réalité
constatable et vérifiable tous les jours que Dieu faisait. Je
sortais le jour comme la nuit et personne n’y trouvait à redire.
C’est vrai maintenant que j’ai eu quelques problèmes sporadiques et
éphémères à cause de mes cheveux longs mais cela n’a pas eu grande
importance pas plus sur mon développement personnel que sur celui
collectif. Je prenais ma copine par la main en plein jour dans les
rues d’Alger, je lui disait je t’aime et ensemble nous rêvions de ce
que demain serait sans que personne ne vienne nous demander nos
papiers, et à plus forte raison, ne nous conduise au commissariat.
Il est vrai qu’Alger était encore une ville méditerranéenne où les
grandes artères et boulevards étaient égayés de terrasses où les
citoyens et citoyennes prenaient place sans complexe aucun et
surtout sans avoir le sentiment de gêner, de quelque façon que ce
soit, les passants et passantes. Nous ne connaissions pas cette
suspicion collective de l’index pointé au nom du yadjouz et
layadjouz. Le fait que l’on soit pour ou contre la façon dont
Boumediene menait les affaires du pays n’avait pas grande incidence
sur la façon dont chacun, en toute liberté, était appelé à mener les
siennes propres. Nous ne savions pas encore, nous étions loin
d’imaginer, que viendrait un temps où nos concitoyennes, pour avoir
la paix et ne plus avoir à souffrir du mauvais hasard de la
rencontre d’un voisin dans la rue, irait jusqu’à se voiler la tête
avec ces tissus venus d’Orient pour passer inaperçues. C’était
l’époque, précisément où les femmes, jeunes et moins, voulaient
qu’on les voient. Voulaient marquer le sentiment de leur existence
autant privée que publique. Il n’y avait pas encore cette mainmise
sur la voie et sur l’espace publics, sur tout ce qui n’est pas
conforme ; on pouvait encore rencontrer des Algériens et des
Algériennes anticonformistes sans pour autant que cela n’entraîne le
genre de réaction que nous pouvons constater de nos jours. Il est
vrai maintenant qu’à cette époque là, les enfants d’émigrés et les
émigrés eux-mêmes revenaient au pays, qui pour y passer de simples
mais ô combien ressourçantes vacances, qui pour carrément reprendre
place aux pays de ses aïeux. L’été, on pouvait, selon ses choix et
préférences, aller tout autant parler et expliquer le contenu et la
philosophie profonde de la révolution agraire aux paysans, que
s’entourer d’une bande de copains et copines et s’en aller camper
des semaines durant quelque part sur les plages escarpées de la côte
chenouie sans pour autant que gendarmes ou riverains ne s’offusquent
de notre présence. Pour marquer cette époque et montrer à quel point
elle fut différente de celle d’aujourd’hui, j’aimerai maintenant
raconter ceci : Une après-midi de juin, je fus surpris par un paysan
en train de faire l’amour à une amie dans les blés hauts. J’étais
honteux, je bafouillais, je m’excusais, l’homme était hors de lui.
Il eut alors ces propos que je n’oublierai jamais, lui un paysan du
Chenoua : je ne te parles pas de ce que tu faisais, ça je m’en
contrefous, je ne comprends tout simplement pas comment tu t’es
permis de le faire dans les blés…le pain…naama…tu comprends… On peut
aimer ou non, on peut regarder d’un œil ou de l’autre, cette époque
que l’on voudrait marquée au sceau de l’autoritarisme, de la pensée
unique, de l’unicité de direction et de décision, on ne pourra
jamais cacher qu’en ce temps-là au moins, nous avions vraiment le
sentiment d’être libres chez nous. Partout, du nord au sud et de
l’est à l’ouest. La notion de pays profond n’était pas une simple
expression spécialement pour têtière de rubriques de journaux en mal
de représentativité. Elle existait réellement et il est difficile de
compter le nombre de fois où je fus reçu dans la fraternité et
l’hospitalité les plus frappantes au sein de familles qu’avant
d’arriver je ne connaissais pas. Nous allions les uns vers les
autres, nous étions soucieux de nous rapprocher les uns des autres.
Ici, à Alger,capitale du pays tout entier s’il en fut, les choses
aussi allaient autrement : il y avait de la place pour tout le
monde, quelque fussent ses idées et ses idéaux. Nous passions des
nuits entières à discuter, à épiloguer, à faire et refaire le tour
des problèmes du pays et de la planète entière. L’intérêt, la
passion pour le monde environnant, qu’il fut local ou extérieur
était une réalité que nul ne peut contester. Pour en venir à notre
métier, certes à l’époque il n’y avait que quelques journaux et tous
relevant du secteur public, mais quel plaisir de lire des papiers
aussi bien écrits, aussi bien présentés et fouillés ! Rien à voir,
avec tout le respect que l’on doit aux nouvelles générations, avec
les feuilles de choux qui essaiment les étals des buralistes de nos
jours. S’il est également vrai qu’ainsi que le disait un grec, « le
temps est un grand bavard qui parle sans que l’on ne l’interroge »,
alors peut-être serait-il maintenant temps de partir à la relecture
de cette époque là, pas forcément tendre ou facile puisque émergée
au cœur d’une guerre froide sans aucune pitié pour les plus faibles
et où tous les coups étaient permis. Il me reste de Boumediene
l’image d’un homme qui savait ce que faire de la politique veut
dire. Et…d’autant à regarder autour de soi aujourd’hui, ce n’est
assurément pas peu dire. Et puis, quelle plus belle preuve
d’existence que de savoir ce que l’on veut, que de savoir au service
de qui l’on a choisi d’être. A tort ou à raison, bien sur, la
question n’est sûrement pas là. Ici aussi, le temps est et reste
seule juge.
Par Amestan-Malik B.
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