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Semaine du 30 décembre 2009 au 5 janvier 2010

 

Syndrome identitaire

Le masri langue Wikipedienne

  Portrait/Anniversaire de la disparition de Houari Boumediene

Bribes et réminiscences d’une Algérie disparue

 

 

 

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Syndrome identitaire

Le masri langue Wikipedienne

La gestion politique et idéologique de la question linguistique et son traitement bureaucratique commencent à produire, des années après les indépendances, des réactions différées au cœur même du foyer de  l'arabisme. L'arabisation exclusive s'est déjà trouvée confrontée à une opposition au sein des pays où les pouvoirs ont imposé la langue arabe comme langue officielle. 

Fait nouveau, cette opposition n’est plus l’apanage de l’Afrique du Nord et elle prend de l’ampleur en Egypte où des mouvements revendiquent l’identité locale et la prise en compte de l’histoire du pays qu’ils considèrent comme étant opprimées et marginalisées. Ce sont les arguments les plus exprimés. Mais ce qui a rendu possible le fait que la contestation s’élargisse c’est l’échec des politiques d’arabisation et l’incapacité de l’arabe officiel à s’imposer comme langue de communication économique et sociale,  à exprimer les cultures locales et à remplacer concrètement les langues occidentales, comme langue d’ouverture sur le monde et comme langue universitaire et scientifique.  Parfois, la réponse des «insurgés», dont la langue de vie est exclue, est dirigée contre la charge religieuse que porte l’arabe, peut favorable à  la liberté de pensée, et contre la priorité donnée au religieux au détriment du travail de la connaissance et du développement artistique et culturel. Ce qui répond au fait que l’arabe est défendu par les partisans de l’arabisation principalement comme langue du Coran, de plus, la formule « nous sommes des Arabes » devenue inopérante est, parfois, remplacée par une autre, tout aussi inopérante, qui est «nous sommes arabisés par l’Islam». L’argument ne tenant pas, cela n’a d’autre effet que de renforcer l’opposition, quand on sait que l’écrasante majorité des musulmans vit dans des pays où l’identité, la culture et la langue locales sont promues et préservées et où l’Islam, en dehors de la sphère religieuse, n’a rien arabisé. A cela, il faut ajouter que le berceau de la langue, l’Arabie, s’affirme et se manifeste plutôt en tant que société rigoriste, fermée et propagandiste du wahhabisme, qu’en tant que promoteur de la culture arabe qu’elle tente, au contraire de brider et de purifier en «islamisant» le contenu des produits.

La stérilité culturelle de l’Arabie et la place privilégiée de l’Egypte,  au Moyen Orient, ont  permis que la culture dite arabe y a été  essentiellement produite et que c’est ce pays qui a servi de référence et de centre du « monde arabe », la Syrie et le Liban, ont aussi, dans une moindre mesure, joué un rôle dans la production culturelle, à travers la littérature et le cinéma, mais l’Egypte continue de dominer la scène, tout en perdant du terrain. 

Il faut préciser, que c’est le masri et non l’arabe qui est le plus véhiculé par les œuvres égyptiennes les plus populaires (cinéma, théâtre, chansons…). Et au-delà du domaine religieux, l’arabe est resté une langue académique que très  peu d’écrivains ou de poètes ont pu promouvoir, ce qui n’a pas aidé à en imprégner les populations et à en faire une langue véhiculaire, malgré l’arabisation  de l’enseignement à presque tout les degrés.

Et voila qu’un mouvement « anti-arabe » progresse au pays des pharaons.  Et c’est justement le masri qui est revendiqué. Cette langue qui a été, durant des décennies, imposée à tous les foyers du «monde arabe» et qui est désormais plus comprise que l’arabe veut prétendre à l’émancipation.

Internet va offrir la possibilité aux partisans du masri, libéré de l’arabe,  de le faire voler de ses propres ailes. Le projet d’une Wikipedia masri a été lancé lors de la conférence

«Wikimania 2008», tenue à la Bibliotheca Alexandrina. Copie de Wikipedia arabe, à ses débuts, Wikipedia-masri eu  de nouveaux articles écrits uniquement pour lui. Un an après sa création, la Wikipedia-masri compte aujourd’hui plus de 4 000 documents et des milliers d’utilisateurs égyptiens et non-égyptiens.

Lorsque des Internautes ont en fait la requête, le choix du parler égyptien, en particulier,  parmi une vingtaine de dialectes pour représenter la langue natale arabe, n’a rien d’exceptionnel, la communauté de langues de Wikipedia a approuvé. La raison de l’acceptation découle, en droite ligne, de la réalité de l’expansion du masri à travers un grand nombre de pays de la région dite arabe et à travers le monde. En dehors de l’Egypte plus de cent millions d’individus comprennent l’égyptien. Les responsables de Wikipedia précisent que : «Les Egyptiens sont effectivement les plus nombreux à participer dans la Wikipedia arabe, c’est-à-dire que les statistiques montrent que le plus grand nombre d’articles dans la Wikipedia arabe sont envoyés par des Egyptiens. Et on n’accepte pas toutes les demandes de la création de nouvelles Wikipedias. On a effectivement un peu de difficultés à faire le tri et à choisir une langue en particulier. Parce qu’il y a des demandes pour d’autres langues qui ne marchent pas forcément, on les refuse donc systématiquement». Wikipedia existe dans plus de 250 langues et veut, autant que possible, s’adresser aux internautes dans leurs langues maternelles, mais ils n’ont choisi que 10 langues dites natales, dont le masri.

La réaction des adversaires est virulente, en Egypte et ailleurs. Il faut dire que Wikipedia échappe au pouvoir politique, qui impose que la langue de l’école, de la presse, de l’administration et même de la littérature soit l’arabe. L’affaire est vécue comme un rejet de la langue arabe, de surcroit, venant de citoyens d’un pays qui est consacré « moteur de la culture arabe ». Cette irruption d’une langue minorée, sur ce qui est en passe de se transformer en voie privilégiée de la communication mondialisée, a toute l’apparence d’un danger majeure sur l’ordre linguistique en vigueur. Cité par Al Ahram, un Egyptien estime que : « Ceux qui écrivent donc en masri auraient pu consacrer leurs efforts à écrire en arabe classique, qui reste absente sur Wikipedia, comparée au persan, turc, etc. Il n’y a pas de mal à aimer sa langue maternelle dans la rue et même l’utiliser partout. Mais il y a une différence entre faire revivre sa langue maternelle bien aimée et l’utiliser en politique, pour prouver enfin que les 1 500 ans d’histoire arabe, turque, mamelouke et islamique n’existent pas, ou les supprimer des livres d’histoire comme une longue période d’occupation, avec tous leurs effets comme la langue arabe et la religion ! Faut-il oublier tout ça ? ». Le ton est donné, ne pas écrire en arabe c’est faire de la politique être contre l’arabe et vouloir l’éliminer.

La virulence des conservateurs se situe dans le fait qu’il existe en Egypte une revendication pharaonique qui serait «violemment» anti-arabe. Le parallèle est vite fait avec le mouvement amazigh nord-africain et les deux seraient, localement, les expressions d’une idéologie anti-arabe et «anti-islamique».

Les déductions ne s’arrêtent pas là. Les accusations s’étendent et imputent aux partisans du masri la volonté d’éradiquer la culture arabo-musulmane et de viser à séparer l’Egypte de son ensemble géopolitique.  L’ennemi américano-sioniste est mis en avant et serait à l’origine des «projets culturel» qui utilisent le «dialecte égyptien». L’objectif serait celui de la configuration du Grand Moyen-Orient avec des morceaux de pays démembrés.

Loin de ces fantasmes, force est de constater, que pour des couches de plus en plus larges des populations «arabes», il y a une sérieuse nécessité de s’exprimer dans leurs langues maternelles et de donner, ainsi, à leurs œuvres  écrites ou parlées le contenu linguistique de la vie réelle, avec ses faits, ses actes et ses émotions, que seule peut dire une langue qui en est, à la fois, le produit et le véhicule.

Tant mieux si le « moteur » mondial de l’arabisation est secoué, lui-même, par des mouvements centrifuges, si cela peut clarifier le débat et ouvrir les voies à des solutions au blocage qui affecte en profondeur des sociétés en mal d’identités et des cultures en mal de reconnaissance.

Par Ahmed Halfaoui

 

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Portrait/Anniversaire de la disparition de Houari Boumediene

Bribes et réminiscences d’une Algérie disparue

La coïncidence d'avec la disparition en 1978 de Houari Boumediene nous a donné l'idée de revenir, non pas doctement et supérieurement (d'autres s'en chargeront)  sur les aspects politiques de cette période de notre histoire, mais sur nous-mêmes, sur le pays, tels qu'en eux-mêmes ils furent.

Ceux et celles que l’on appelle la génération de l’ indépendance auront grandi avec lui. Ceux et celles qui ont eu à vivre les derniers restes de leur enfance ou les premiers pas de leur adolescence dans l’ambiance fougueuse des années qui ont suivi le retour du pays dans le «concert des nations», comme l’on disait à l’époque, ne peuvent pas avoir oublié tout ce que dans quoi l’on baignait en ces deux premières décennies de retour à la souveraineté, autant collective qu’individuelle. Pourquoi est-il aussi difficile, lorsque l’on ne se pose pas comme point de départ de parler de cette époque uniquement sous le strict point de vue politique, de commencer son propos ? Sans doute est-ce aussi du au fait qu’il s’agit là d’une époque, d’un contexte historique aujourd’hui, sinon disparu, du moins en ruines. Posons la question et tentons de voir ce qui peut, à partir de l’Algérie d’aujourd’hui, nous rappeler celle qu’alors nous avions connu et aimé. Passons sur les grands attributs qui sont ceux de tout pays libre et souverain. Rien à dire ou à redire sur ce plan là. Passons aussi sur les caractéristiques géographiques, géologiques ou encore écologiques, celles là ne nous intéressent pas directement ici ; et de toutes façons, elles ne sauraient avoir fondamentalement changé. Essayons juste de voir et de revoir comment alors nous vivions, comment alors nous nous percevions. Pour ce faire, il serait plus opportun de parler à la première personne du singulier. Le présent papier n’ayant pas la prétention – d’autres se chargeront de le faire – de dresser un scanner politico-économique de l’époque ici prise en considération.

Il me souvient donc que les mots qui revenaient le plus souvent alors sont alphabétisation, éducation, édification, lutte, combat, développement, masses populaires, paysans, ouvriers, front, union ; le tout marqué au sceau du mot sacré de révolution, avec ou sans s. il était par conséquent impossible d’être dans cette époque sans être engagé dans l’une ou l’autre des voies ouvertes par l’indépendance du pays. D’où un niveau de politisation, un intérêt pour la chose politique que l’on aurait tendance à regretter, et sans nostalgie, aujourd’hui. S’il est vrai que l’on ne peut arrêter la marche du temps, il est non moins vrai que les hommes sont par nature astreints à poser des balises qui leur permettent de se repérer au sein et dans cette même marche du temps. Ce n’est par conséquent pas parce que ce fut le temps de nos premiers pas d’hommes et de femmes dans la vie que nous pourrions être accusés, à tort ou à raison, c’est selon, d’avoir la nostalgie d’une époque où, même si non palpables ou encore évidentes au plan politique, les libertés individuelles, au moins au plan de la sphère strictement privée et toute personnelle, n’en étaient pas moins une réalité constatable et vérifiable tous les jours que Dieu faisait. Je sortais le jour comme la nuit et personne n’y trouvait à redire. C’est vrai maintenant que j’ai eu quelques problèmes sporadiques et éphémères à cause de mes cheveux longs mais cela n’a pas eu grande importance pas plus sur mon développement personnel que sur celui collectif. Je prenais ma copine par la main en plein jour dans les rues d’Alger, je lui disait je t’aime et ensemble nous rêvions de ce que demain serait sans que personne ne vienne nous demander nos papiers, et à plus forte raison, ne nous conduise au commissariat. Il est vrai qu’Alger était encore une ville méditerranéenne où les grandes artères et boulevards étaient égayés de terrasses où les citoyens et citoyennes prenaient place sans complexe aucun et surtout sans avoir le sentiment de gêner, de quelque façon que ce soit, les passants et passantes. Nous ne connaissions pas cette suspicion collective de l’index pointé au nom du yadjouz et layadjouz. Le fait que l’on soit pour ou contre la façon dont Boumediene menait les affaires du pays n’avait pas grande incidence sur la façon dont chacun, en toute liberté, était appelé à mener les siennes propres. Nous ne savions pas encore, nous étions loin d’imaginer, que viendrait un temps où nos concitoyennes, pour avoir la paix et ne plus avoir à souffrir du mauvais hasard de la rencontre d’un voisin dans la rue, irait jusqu’à se voiler la tête avec ces tissus venus d’Orient pour passer inaperçues. C’était l’époque, précisément où les femmes, jeunes et moins, voulaient qu’on les voient. Voulaient marquer le sentiment de leur existence autant privée que publique. Il n’y avait pas encore cette mainmise sur la voie et sur l’espace publics, sur tout ce qui n’est pas conforme ; on pouvait encore rencontrer des Algériens et des Algériennes anticonformistes sans pour autant que cela n’entraîne le genre de réaction que nous pouvons constater de nos jours. Il est vrai maintenant qu’à cette époque là, les enfants d’émigrés et les émigrés eux-mêmes revenaient au pays, qui pour y passer de simples mais ô combien ressourçantes vacances, qui pour carrément reprendre place aux pays de ses aïeux. L’été, on pouvait, selon ses choix et préférences, aller tout autant parler et expliquer le contenu et la philosophie profonde de la révolution agraire aux paysans, que s’entourer d’une bande de copains et copines et s’en aller camper des semaines durant quelque part sur les plages escarpées de la côte chenouie sans pour autant que gendarmes ou riverains ne s’offusquent de notre présence. Pour marquer cette époque et montrer à quel point elle fut différente de celle d’aujourd’hui, j’aimerai maintenant raconter ceci : Une après-midi de juin, je fus surpris par un paysan en train de faire l’amour à une amie dans les blés hauts. J’étais honteux, je bafouillais, je m’excusais, l’homme était hors de lui. Il eut alors ces propos que je n’oublierai jamais, lui un paysan du Chenoua : je ne te parles pas de ce que tu faisais, ça je m’en contrefous, je ne comprends tout simplement pas comment tu t’es permis de le faire dans les blés…le pain…naama…tu comprends… On peut aimer ou non, on peut regarder d’un œil ou de l’autre, cette époque que l’on voudrait marquée au sceau de l’autoritarisme, de la pensée unique, de l’unicité de direction et de décision, on ne pourra jamais cacher qu’en ce temps-là au moins, nous avions vraiment le sentiment d’être libres chez nous. Partout, du nord au sud et de l’est à l’ouest. La notion de pays profond n’était pas une simple expression spécialement pour têtière de rubriques de journaux en mal de représentativité. Elle existait réellement et il est difficile de compter le nombre de fois où je fus reçu dans la fraternité et l’hospitalité les plus frappantes au sein de familles qu’avant d’arriver je ne connaissais pas. Nous allions les uns vers les autres, nous étions soucieux de nous rapprocher les uns des autres. Ici, à Alger,capitale du pays tout entier s’il en fut, les choses aussi allaient autrement : il y avait de la place pour tout le monde, quelque fussent ses idées et ses idéaux. Nous passions des nuits entières à discuter, à épiloguer, à faire et refaire le tour des problèmes du pays et de la planète entière. L’intérêt, la passion pour le monde environnant, qu’il fut local ou extérieur était une réalité que nul ne peut contester. Pour en venir à notre métier, certes à l’époque il n’y avait que quelques journaux et tous relevant du secteur public, mais quel plaisir de lire des papiers aussi bien écrits, aussi  bien présentés et fouillés ! Rien à voir, avec tout le respect que l’on doit aux nouvelles générations, avec les feuilles de choux qui essaiment les étals des buralistes de nos jours. S’il est également vrai qu’ainsi que le disait un grec, « le temps est un grand bavard qui parle sans que l’on ne l’interroge », alors peut-être serait-il maintenant temps de partir à la relecture de cette époque là, pas forcément tendre ou facile puisque émergée au cœur d’une guerre froide sans aucune pitié pour les plus faibles et où tous les coups étaient permis. Il me reste de Boumediene l’image d’un homme qui savait ce que faire de la politique veut dire. Et…d’autant à regarder autour de soi aujourd’hui, ce n’est assurément pas peu dire. Et puis, quelle plus belle preuve d’existence que de savoir ce que l’on veut, que de savoir au service de qui l’on a choisi d’être. A tort ou à raison, bien sur, la question n’est sûrement pas là. Ici aussi, le temps est et reste seule juge.

Par Amestan-Malik  B.

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