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Presse privée et crise politique et sécuritaire
Informer sous
l’état d’urgence
La presse privée
algérienne n’est pas née dans le contexte d’une démocratie toute
faite, mais au lancement d’un processus démocratique dont elle n’est
aucunement l’initiatrice. Cette donne fondamentale devait la
condamner à devenir à la fois un amplificateur des différentes
étapes, donc, un vecteur de la décision, et un acteur totalement
impliqué autour des enjeux politiques successifs qui souvent la
dépassaient.
Dès le départ, la
presse privée a naturellement choisi de faire sien le principe d’un
lien étroit entre la démocratie et la liberté d’expression, que
l’une ne saurait exister dans l’autre et que l’affaiblissement de
l’une signifie fatalement le recul de l’autre. Cet aperçu général
est sujet à objection, cela dit, dans la mesure où il n’est valable
que si l’expérience de la presse est prise dans toute totalité
temporelle, sachant qu’il eut des phases de divergences où il s’en
est trouvé des médias privés pour apposer leur soutien (et dans le
meilleur des cas, fermer les yeux) sur des décisions liberticides
qui ont touché les champs politique, syndical, social et culturel.
Mais force est de considérer aussi que la nécessité de tirer des
conclusions de cette expérience impose de prendre en première (mais
pas unique) ligne de compte, la part prépondérante du champ
médiatique, celle aussi dont l’influence a été la plus grande et la
durée de vie la plus longue.
Ouvrons là une
parenthèse pour dire qu’il n’est pas un hasard si la survie de
certains titres, toujours au détriment de la concurrence, est due en
premier chef à ses positionnements politiques. On peut arguer, bien
sûr, que les facteurs de commercialité, de capital de départ (fonds
et soutiens) et de capacité managériales sont pour quelque chose
dans une décantation qui a fini par imposer de grands et de petits
tirages, des journaux qui sont encore là et ceux qui disparaissent.
Mais il faut reconnaître aussi que, toute considération de qualité
mise à part, la majorité du lectorat algérien a soutenu, acheté
(parfois sans vraiment lire), les titres dont elle partageait, bon
gré mal gré, la ligne éditoriale. L’explication la plus fondée dans
la réussite ou la mort de titres de la presse est avant tout tirée
de cette vérité : un journal, qui est une entreprise, se sort de la
ligne rouge en glanant du lectorat, lequel fini par faire sa
réputation, généralement par l’immaîtrisable phénomène du
bouche-à-oreille et faire affluer, à terme, le soutien des
annonceurs. Peu importe que les journaux se trompent dans la
manière, pourvu qu’ils défendent les aspirations collectives qui,
dans le cas qui nous préoccupe, sont celles de la démocratie, de la
justice sociale et de l’Etat de droit.
Or, de quelle
ligne éditoriale plus ou moins consensuelle s’agit-il ? Au départ,
ce n’est que progressivement que les médias privés se sont détaché
des modèles doyens que furent El Moudjahid (pour les quotidiens),
Algérie Actualité (pour les hebdomadaires) ou encore Parcours
Maghrébins et l’Unité (pour les périodiques). L’aide de l’Etat aux
journalistes qui avaient osé l’aventure (36 mois de salaires
d’avance) et aux entreprises de presse (locaux, abattements fiscaux,
échéancier de paiement aux très onéreuses imprimeries publiques…) ne
pouvait être qu’un fil à la patte que seul le temps et
l’accumulation du capital ont réussi à couper. Au bout, c’était déjà
la fin du «printemps démocratique». L’arrêt du processus électoral
qui a évité la prise du pouvoir par le Fis a rapidement obligé la
presse privée à se déterminer en faveur de cette solution. Cela
avait un prix et il fut lourdement payé. Plus d’une centaine de
professionnels de la presse, médias publics compris, ont été
assassinés par le terrorisme. Ce qui ne l’a cependant pas sauvé des
foudres des autorités, notamment s’agissant de deux points de
divergence marquants. Le premier a trait au traitement des activités
de la partie de l’opposition politique favorable au retour du Fis et
qui estimait que la solution de la crise politique née ne pouvait
faire l’économie de «rendre justice au Fis». On ne peut pas dire que
le traitement de l’activité de certaines forces politiques, celles
qui se ligueront par la suite derrière le contrat de Sant’Egidio,
n’a jamais été une source d’embarras et d’hésitations dans les
rédactions. Il en a été de même pour le travail et les critiques des
ONG des droits de l’homme. Et c’est d’ailleurs maladroitement sans
doute que cette tâche a du être affronté, entre diabolisation
simpliste des ennemis du pays et reproduction purement naïve des
jugements sans appel de ce qui n’était en fait qu’un état de siège
ici comme à l’étranger des forces républicaines, très vite classées
dans la case des éradicateurs. Toutefois, cette question n’a pas été
tranchée par la presse elle-même et en son sein. Les exemples de
suspensions et de fermetures expéditives de journaux qui avaient
pris fait et cause pour le retour du Fis a amené la majorité à
abandonner leurs hésitations, lesquelles, n’ont trouvé de réponse
finale qu’avec l’élection de Liamine Zeroual en novembre 1995 qui a
montré au grand jour de quel coté était la population.
La deuxième, plus
évidente, a trait à l’information sécuritaire, centralisée en
principe aux mains du ministère de l’intérieur, aux termes du décret
présidentiel portant état d’urgence. La priorité était-elle
d’informer vaille que vaille, ou de taire la réalité sécuritaire
pour ne pas servir de relais médiatique aux actions terroristes ? La
presse privée a choisi les deux : informer quitte à déplaire aux
autorités, dénoncer et condamner et les terroristes et leur matrice
idéologique qu’est l’islamisme qui lui a ouvertement déclaré la
guerre. Ce ne fut pas sans retombées non plus, puisque cela coûtera
son lot de suspensions, de fermetures, de peines de prisons, etc. La
mise en œuvre du procédé de l’imprimatur, procédé de censure et de
contrôle à priori des publications, au début des années 1990 n’a pas
suffit non plus à résoudre cette question. Elle ne fut tout à fait
tranché que plus tard, quand les autorités ont compris la défaite du
terrorisme lequel ne remonte pas à la trêve unilatérale de l’AIS en
1997, mais au fait que les services de sécurité pouvaient en toute
confiance distribuer des armes à la population et la voir
s’impliquer physiquement dans le combat contre le terrorisme. Sans
transition, ou alors celle-ci fut des plus brèves, la situation
politique a connu le tournant de la concorde civile, puis de la
charte pour la paix et la réconciliation nationale, imposant une
série de repositionnements à travers laquelle l’on aura enfin une
meilleure visibilité du champ médiatique, partagé entre les
opposants et les partisans de cette politique, encore qu’il soit
permis de mettre en lien cette guerre de position avec le soutien ou
non au pouvoir du président Bouteflika lui-même. C’est ce qu’il est
permis de constater, par exemple, dans la phase actuelle lors de
laquelle l’on est passé sans bilan ni halte du débat sur la
réconciliation nationale, processus non encore parvenu à son terme,
à celui sur la révision constitutionnelle.
Le tout,
malheureusement, encore sous l’état d’urgence toujours en vigueur.
Les autorités le maintiennent malgré son inutilité criante, mais
s’abstiennent d’y recourir de manière trop apparente et, en tous
cas, font tout pour faire accroire qu’il n’existe même plus. C’est
pourtant une épée de Damoclès maintenue sur toutes les libertés.
Mais la liberté ne se donne pas, elle s’arrache, comme chacun le
sait. Encore faut-il avoir la capacité de faire montre d’autant de
responsabilité que de liberté qu’on revendique et il est
parfaitement loisible de constater que quel que soit le combat livré
et la conjoncture traversé, c’est vers cet éternel défi que revient
cycliquement la presse privée, sans jamais en sortir avec un modèle
définitif et durable.
Nabil Benali
Haut
Presse publique
La refondation
du secteur s’impose
Y a-t-il encore
une place et un rôle pour la presse publique algérienne, dans un
environnement dominé par les titres privés ? Si la réponse aurait
pu être non il y a quelque temps en raison de l’absence de
visibilité sur le sort que les pouvoirs publics semblaient réserver
au secteur public, notamment aux titres de la presse écrite
fortement concurrencés par une presse privée très offensive dans le
traitement des sujets, il en est autrement s’agissant des moyens
d’information audiovisuels qui ont réussi à préserver leur
leadership par la grâce d’une décision politique qui veut qu’hormis
l’ENTV et la Radio nationale il n’y ait de place pour aucun autre
média privé.
Mais depuis la
nomination de Hachemi Djiar à la tête du département de la
Communication, il semble que les pouvoirs publics soient décidés à
redorer le blason terni d’un secteur à la traîne en raison de son
incapacité, voulue plus que subie, à suivre l’évolution de la
société dont les besoins ne sont plus ceux d’avant l’ouverture du
champ médiatique, en 1990. Faut-il pour autant affirmer que cette
nomination, quand bien même elle dénoterait de la volonté du
gouvernement de dépoussiérer un secteur dont l’aspect presse écrite
s’est endormi sous ses lauriers du fait qu’il est rassuré d’être
approvisionné en pages publicitaires via l’entreprise étatique Anep
sera salutaire ? A défaut de parvenir à un résultat immédiat, il
faut reconnaître à Hachemi Djiar d’avoir essayé de renverser la
vapeur.
Depuis sa
nomination, le ministre de la Communication, dans ses différentes
déclarations, donne l’image d’un homme décidé à donner un coup de
pied dans la fourmilière en introduisant quelques changements qu’il
espère qualitatifs. Ainsi, il affirme vouloir mettre en place une
nouvelle stratégie qui tienne compte à la fois des impératifs du
professionnalisme et de la mission publique qui est dévolue aux
médias publics. Dans sa stratégie, M. Djiar ne cache pas vouloir
redonner aux médias publics audiovisuels ou écrits une nouvelle
dimension en les incitant à réaliser et donc présenter un travail de
qualité. Il estime, à juste raison, qu’à l’avenir, c’est cette seule
arme qui permettra aux médias publics de concurrencer les
publications étrangères et les titres privés — du moins certains
d’entre eux, devenus à tort une référence dans le traitement de
l’information.
C’est en
favorisant une information de qualité tout en se préservant du
travers — le sensationnel — dans lequel sont tombés nombre de titres
privés dans leur course effrénée à l’audimat avec des ouvertures qui
privilégient le sang, le crime, le terrorisme et, depuis peu, les
scandales, que les médias publics pourront reconquérir quelques
parts de marché. La tâche, on en est conscient, ne sera pas de tout
repos. Le retard accumulé est très important. Plus d’une décennie
durant, les responsables des médias publics, écrits ou audiovisuels,
se sont laissés dépasser. Non pas que les compétences
professionnelles n’existent pas au sein des ces organes, mais tout
simplement parce que ce sont là des choix qu’ils se sont imposé pour
— peut-être — ne pas attirer la réprobation qui viendrait d’«en
haut». D’autres soutiennent que ce souci de ne pas faire de vagues
— quitte pour cela à sacrifier une information qui, de toutes les
manières sera reprise par d’autres confrères — est seulement dicté
par des calculs étroits. Pour durer à son poste, il est préférable
de ne pas provoquer la colère en publiant une information gênante.
Au niveau de ces titres, des réflexes d’autocensure sont en vigueur.
Du reste, pour lui donner plus de crédit, les tenants de cette
explication rappellent que la majorité des responsables des médias
publics sont en poste depuis plusieurs années. On citera à titre
d’exemple ceux d’El Moudjahid et Horizons ou encore celui de l’ENTV.
Une longévité qui préjudiciable à plus d’un titre du fait que la
présence d’un même staff dirigeant ne permet pas l’introduction de
sang neuf et d’une nouvelle vision adaptée à la nouvelle
conjoncture. Pis encore, selon des indiscrétions qui proviennent de
quelques organes publics, il semblerait que leurs directeurs
généraux les aient transformés en une réelle propriété privée sans
être inquiétés par leur tutelle. Ces directeurs généraux – qui se
reconnaîtront – s’accordent, sur le dos de l’Etat, des salaires
faramineux et des privilèges qui défient la décence alors que
certains de leurs agents, recrutés depuis plusieurs années, ne sont
pas déclarés à la sécurité sociale et touchent moins que le Smig.
Depuis plus de six
mois qu’il est à la tête du ministère de la communication, Hachemi
Djiar n’aura réussi à faire qu’un seul changement à la tête des 14
entreprises qui relèvent de son autorité : il a procédé à la
nomination de Azzedine Mihoubi à la tête de la Radio nationale. Bien
peu, faut-il le souligner, pour un ministre qui entend mettre de
l’ordre et surtout hausser le secteur en le mettant au diapason de
ce qui se fait ailleurs parmi les médias publics.
Il faut toutefois
souligner que même si les pouvoirs publics entendent garder une
presse gouvernementale «aux ordres» qui a pour tâche principale de
faire passer la communication institutionnelle, il reste que le
ministre en charge de ce secteur prend bien soin de faire comprendre
que le besoin actuel est d’avoir une presse publique performante, de
qualité et non outils d’information qui ne sont qu’une chambre de
résonance. A moins que le volet des nominations ne relève de la
seule prérogative du ministère. Il est vrai que la communication est
un domaine tellement sensible — elle serait le quatrième pouvoir —
qu’un grand nombre d’interférants est relevé dans ce domaine. Du
reste, il est de notoriété publique que l’ENTV et l’APS sont deux
organes qui relèvent plus de la Présidence que du ministère. A
telle enseigne que les directeurs généraux de ces entreprises
estiment avoir un statut à part et ne tiennent nullement compte des
directives du ministre de la Communication.
Une réalité admise
devant les députés par Khalida Toumi alors qu’elle était à la tête
de ce département. Il y a fort à parier que cette réalité est
identique à celle à laquelle a été confronté M. Djiar lors de sa
prise de fonctions. C’est ce qui explique la récente directive
élaborée par le président de la République qui demande à l’ensemble
des directeurs d’entreprises relevant de la tutelle de M. Djiar de
«réviser leur organisation, leurs techniques et leurs pratiques de
gestion devenues, à bien des égards, obsolètes et
contre-productives». Abdelaziz Bouteflika estime que «la capacité de
ces entreprises doit reposer sur une organisation rigoureuse, des
règles managériales bien établies, des objectifs définis, des
contenus élaborés et une bonne gestion des ressources humaines».
C’est dire aussi que le premier magistrat du pays n’est pas dupe car
il ne fait pas l’ombre d’un doute que cette directive a été élaborée
sur la base d’une évaluation qui lui a été faite par celui qui,
avant sa nomination dans le gouvernement Belkhadem, occupant de ce
fait un poste laissé vacant plusieurs mois, avait été son conseiller
au niveau de la Présidence. Cette nomination a fait dire à quelques
observateurs qu’elle obéissait au souci du Président de donner un
nouveau souffle à la communication, puisqu’il semblerait que M. Djiar
ne soit que porteur du projet de réforme du secteur initiée par la
Présidence. Une réforme qui viserait à relancer la communication
publique et réhabiliter par voie de conséquence ses vecteurs. Dans
la perspective d’un troisième mandat ? Pour l’heure on ne peut rien
trancher. Mais quand bien même tel serait l’objectif inavoué de
cette réforme, il faut préciser que désormais, les responsables des
entreprises sous tutelle sont tenus de se (re)mettre «sous la
tutelle complète et totale du ministère». Mieux encore, ils sont
tenus «par une obligation de résultats dans le cadre de la politique
de réforme» du secteur. C’est aussi la preuve que, du côté des
pouvoirs publics, on ne veut plus s’accommoder de la présence
d’entreprises étatiques budgétivores sans une quelconque
contrepartie qualitative. Il n’est en effet un secret pour personne
que les médias publics ont perdu toute crédibilité et n’ont de ce
fait aucun impact sur l’opinion publique. Si pendant de longues
années, les pouvoirs publics ne pouvaient que se rendre à cette
évidence, il en est autrement aujourd’hui, à la faveur des
changements intervenus sur tous les plans de la vie nationale.
En fait, la
nouvelle stratégie de communication retenue consiste à donner à
l’opinion publique, à travers les médias publics, ce plus qualitatif
et cette dose de crédibilité qui font la différence. Le pari est-il
difficile à tenir ?
Le premier axe sur
lequel travaille le ministère est l’information de proximité. C’est
dans cette optique que des instructions ont été données, il y a de
cela plus d’une année, aux différentes radios locales en vue de
créer leurs propres forums. Le lancement, tout dernièrement, du
forum de la radio El-Bahdja et encore celui de la radio locale de
Béchar dénotent de l’application, bien que tardive, de cette
instruction. Le projet en gestation du lancement de nouvelles
publications obéirait également à cette stratégie.
En définitive, si
une leçon devait être tirée de la nomination de M. Djiar à la tête
du département de la Communication, c’est que les pouvoirs publics
n’entendent pas laisser tomber les organes qui relèvent de sa
tutelle.
Nadia Kerraz
Haut
Des titres disproportionnés
Des Unes
aguichantes comme une vitrine de sous-vêtements féminins. La
similitude est exagérée ? Certainement pas, quand on sait la
légèreté avec laquelle on propose, sous des titres flamboyants — et
par le recours immodéré aux grosses ficelles du métier — un contenu
qui ne révèle finalement que la modestie des moyens de la presse
algérienne et ses difficultés à évoluer vers une
professionnalisation. Loin de vouloir faire le procès de cette même
presse, les journalistes comme les lecteurs constatent depuis
longtemps cette propension aux titrages magnifiques, préalable au
sentiment de n’avoir rien appris.
Quelques exemples
de titres de Unes en période de vaches maigres. Le mois de ramadan
est de ces moments insoutenables pour les responsables de journaux,
secrétaires de rédactions et rédacteurs en chef qui ont du mal à
boucler leurs unes faute d’événements significatifs et surtout faute
de temps pour pouvoir offrir aux lecteurs autre chose qu’une soupe
réchauffée.
Le Soir d’Algérie
du 19 octobre 2006 titrait, en seconde ouverture, «la guerre des
arouch». L’observateur le moins averti de la scène politique
nationale sait très bien que les ârouch ont implosé en 2003 ;
d’ailleurs l’article lui-même rappelle que le mouvement, qui avait
animé l’actualité dans le centre du pays, n’est plus que l’ombre de
lui-même et qu’il s’est dissous dans la vie publique. Méritait-il
un titre de page une, bon uniquement à accrocher le chaland ?
Dans El Watan du
18 octobre, c’est l’affaire Zendjabil qui fait la Une sous un
surtitre qui évoque une prétendue enquête qui, bien évidemment, n’a
jamais eu lieu. Les informations recueillies de bonnes sources sont
exclusives certes, mais le seul mérite du journal est de présenter
dans un format digeste (qu’on ne voie ici aucun jeu de mot facile
alors que l’article est publié en plein ramadan) des condensés de
rapports ou de confidences d’autorités entre les mains desquelles se
trouve Zendjabil.
El Khabar, le plus
grand quotidien du pays, publie pour sa part dans son édition du 17
octobre les détails du détournement de 40 milliards à la BNA. Là
aussi, point de travail d’investigations mais l’expression du point
de vue et la version des faits du directeur de ladite banque au
cours d’une interview accordée au journal.
Le Jour d’Algérie
s’allie aussi à cette manière de faire en annonçant, en une,
«arriérés de salaires : 37 000 travailleurs attendent». Ce qui est
mis en évidence est bien entendu le chiffre impressionnant ; quant à
l’article en question, il s’agit d’une synthèse de l’évolution de la
situation des salaires, notamment ceux impayés, après la dernière
tripartite.
Une norme ?
En fait, aucun
journal n’échappe à ce phénomène qui tend surtout à réduire de
l’ampleur du travail d’informer. Cela est d’autant plus vrai que les
journaux algériens ne sont pas des tabloïds anglais, férus de
scandales et de scoops people. Pourtant, ce qui est proposé aux
lecteurs c’est exactement cet emballage honni et critiqué par la
profession de par le monde. Le plus grave c’est que cela n’est pas
dicté par choix éditorial et commercial réel, mais souvent par un
souci de facilité et faute de pouvoir faire autrement pour ne pas
offrir une page d’ouverture attendue, en fait aussi attendue que
l’information qui est présentée en pages intérieures.
La presse
algérienne ne bidouille pas ses sujets. Les informations qu’elle
publie sont, sauf quelques rares exceptions du fait de manipulations
dont elle a été victime, vraies et vérifiées. Mais la disproportion
entre les titres et le contenu des articles est telle qu’on a du mal
à comprendre cette démarche suicidaire aux effets les plus néfastes
sur les lecteurs.
La Une aux forts
relents de scoops éventés, si tant est qu’elle a pour objet
d’attirer l’attention, porte un sacré discrédit aux journaux. Ce qui
est révélé aux lecteurs à travers cette façon de faire, c’est
surtout la faiblesse des moyens et l’incapacité à approfondir les
sujets ou à mener des investigations comme l’imposent les canons du
métier depuis des siècles et comme promis surtout aux lecteurs qui
succombent aux titres de unes.
Ce qui est vendu
depuis des années ce sont des informations relayées par les
journaux. Sans révélations des acteurs des faits eux-mêmes, sans
dossiers ficelés, sans fuites organisées et sans confidences
adossées aux sources généralement bien informées, point
d’information. Mais au-delà de l’information présentée avec panache
en une, rarement sont approfondis les sujets par les journaux
eux-mêmes. Les débats qui sont suscités par certaines questions sont
surtout l’objet de contributions extérieures, censées apporter des
points de vue que les journalistes n’ont pas exprimés pour traiter
de la manière la plus objective leurs sujets.
Les Unes
aguichantes cachent-elles donc un malaise profond à faire son
métier ? Probablement. Quand on observe avec attention comment
évolue la scène médiatique algérienne, on s’en rend bien compte.
Aujourd’hui, ce sont au moins 45 quotidiens qui envahissent la place
et se partagent un lectorat limité. Se prévalant pour leur écrasante
majorité de diffusion nationale, leur multiplication ne peut que
rarement présenter autre chose qu’une duplication des mêmes
informations à propos des mêmes couvertures — durant lesquelles les
journalistes se sont marché sur les pieds la veille — ou des mêmes
fuites organisées ou des synthèses des mêmes documents remis à
quelques journalistes.
Comme si elle
vivait une crise de croissance permanente, la presse algérienne
évolue en nombre mais pas en qualité. Ses Unes reflètent tout
simplement ses malaises.
Amine Esseghir
Retard
d’évolution
La pesse
algérienne libre est née au début des années 90 sur les ruines de la
presse publique soumise au pouvoir politique. Cela ne devait en
aucune manière l’empêcher de suivre l’évolution de la presse écrite
dans le monde de la fin du XXeme siècle tant elle présentait une
audace et un talent digne de son époque. Pourtant, il a fallu
qu’elle rate l’évolution de cette décennie qui a vu les journaux
fortement concurrencés d’une part par les médias lourds, de plus en
plus allégés et prompt à réagir en directe du fin fond du monde avec
des images inédites et spectaculaires et d’autre part par la
percée inattendue d’Internet.
Pour se sauver et
préserver sa particularité elle a fondé son action sur sa capacité à
approfondir les sujets par un professionnalisme et un temps
incompressible consacré au travail d’investigation que la télévision
peut rarement se permettre et à se placer dans une logique de
prospective en favorisant l’analyse et l’investigation ainsi que les
outils modernes de communication comme les sondages. Un autre aspect
de cette presse moderne sa capacité à être en interactivité
permanente avec ses lecteurs. L’exemple le plus évident de cette
interactivité la mise en place de médiateurs qui publient les
critiques et observations des lecteurs mettant en point de mire le
fait que la presse écrite, à la différence des autres médias,
s’adresse à l’intelligence. Aucun de ces éléments qualificatifs de
la presse écrite du XXIeme siècle ne s’applique malheureusement à la
presse algérienne.
A. E.
Haut
Médias
Quand le gain
prime
Même si on est
loin d’égaler les pays développés en matière de journaux, il faut
dire qu’on trouve un bon nombre de titres sur le marché. Il en
paraît aussi de nouveaux, aussi bien en arabe qu’en français. Et
c’est un peu normal, car notre expérience dans le domaine de la
presse privée est récente. Mais que faut-il retenir de cette
pluralité ? Est-elle le reflet des changements qui sont en train
d’intervenir dans notre société ? Est-elle le baromètre qui
renseigne sur la vie politique et les tendances qui s’y impriment ?
Il faut croire que cette pluralité, si elle traduit une certaine
ouverture qui a permis la présence de cette presse — c’était
inimaginable avant — n’a pas été utilisée à bon escient par ces
médias qui n’ont pas su ou pas pu se polariser autour d’idées
nouvelles, politiques ou sociales. L’appât du gain est finalement le
moteur qui imprime la tendance.
Quand pour la
première fois ont apparu, au début des années quatre-vingt-dix, des
titres autres que ceux que tout le monde avait l’habitude de voir
dans les kiosques et de lire à défaut d’autre lecture plus
intéressante, c’était carrément l’émerveillement. Pour la première
fois, le lecteur avait la possibilité de choisir son journal. Cette
nouveauté fut ressentie comme une certaine liberté et un début de
cette démocratie dont on entendait parler dans les pays développés.
Cet enthousiasme était aussi partagé par des journalistes frustrés
par des années de censure et parfois d’autocensure dans la seule
presse qui existait alors : celle du secteur public où toute liberté
de dire les choses était fermement muselée.
Le résultat de cet
enthousiasme ne s’est pas fait attendre : des journaux se mirent à
paraître à un rythme tel que les kiosques en étaient tout bonnement
débordés.
Lancer un journal
était décidément dans l’air du temps. Tout le monde s’y était mis,
même ceux qui ne connaissaient rien au métier. Résultat : les
kiosques regorgent de journaux, mais, curieux paradoxe, le lecteur
n’a pas l’embarras du choix car ce foisonnement était plutôt dominé
par une presse de qualité douteuse, où les scandales de la vie
intime des gens étaient dévoilés sans scrupules. L’essentiel étant
de vendre le plus grand nombre d’exemplaires pour s’enrichir.
Mais il faut
savoir aussi que si le lancement d’un journal sur le marché n’est
pas une mince affaire, maintenir un titre dans ce abondance et cette
pluralité s’avère encore plus difficile. Certains l’ont appris à
leurs dépens et beaucoup de ces titres ont essayé de durer, contre
vents et marées, mais on fini par disparaître.
Les lecteurs,
éblouis par ce foisonnement, n’en gardent pas le moindre souvenir.
On ne s’improvise pas journaliste du jour au lendemain ni
gestionnaire non plus. Chaque métier a besoin de gens bien au fait
de ses secrets.
Depuis l’avènement
du multipartisme et de la pluralité, beaucoup de titres ont disparu.
Chacun pour une raison bien précise. Problèmes techniques, absence
de local, manque de professionnalisme, mauvaise gestion… Mais la
majorité n’a pas pu se faire une place parmi tant d’autres à cause
des problèmes financiers. Car créer un journal et ensuite le
maintenir exige beaucoup d’argent. Nul n’ignore pas qu’aucun journal
n’arriverait à survivre du fruit de ses ventes seulement ; les pages
de publicités qu’on y retrouve constituent le plus important de
l’apport financier.
C’est connu, un
journal qui prospère est un journal sur lequel la manne publicitaire
qui se déverse est importante. Donc, beaucoup de titres ont disparu,
mais d’autres ont pu tenir le coup.
Faut-il croire que
ces journaux ont "réussi" parce que le lecteur a fini de
différencier le bon grain de l’ivraie ? Il y a peut-être un peu de
cela, car sitôt passé l’émerveillement des premiers temps, les
lecteurs se sont mis à choisir des publications plus intéressantes
et plus sérieuses.
Mais il faut
croire aussi que les éditeurs ont tout de suite compris d’où pouvait
venir la raison qui leur permettrait de durer dans le temps, mais
aussi et surtout de réaliser de gros bénéfices et devenir des
journaux que tout le monde désigne par "riches". Leurs intérêts
étaient et sont toujours intimement liés à l’apport publicitaire.
Au fil du temps,
les lecteurs — même les moins avisés — ont fini par comprendre que
la presse qu’on avait au départ dite indépendante, est en fait une
presse privée. Chaque journal a son bailleur de fonds qui est tracé
dans sa ligne éditoriale. Affinités politiques, inimitiés,
divergences, sautes d’humeur, changements de tendance… sont aussitôt
décelés à travers les pages du journal.
Quand le journal
n’a plus le même bailleur de fonds, sa ligne éditoriale change
parfois du tout au tout. Et c’est comme cela que le lecteur découvre
des changements sans parfois en comprendre les mécanismes. Normal,
car il est tout de même loin du monde de la presse et n’arrive pas à
déceler ce qui fait qu’un journal prospère et qu’un autre se débat
dans les problèmes financiers.
Et c’est donc en
fonction de la manne publicitaire qui le fait vivre qu’un journal se
trouve être le défenseur impénitent d’un parti politique et d’une
tendance plutôt que d’une autre, à tel point que le lecteur, pas
toujours avisé, affirme dur comme fer que tel journal ou tel autre
appartiennent à des partis politiques, alors qu’en réalité ce n’est
nullement le cas. Il se trouve tout simplement que celui qui assure
l’apport penche plutôt vers un parti que vers un autre.
Si quelqu’un
d’autre, dont les penchants politiques et les tendances sont
différents, peut s’introduire dans le même journal, grâce, bien
entendu, à des encarts publicitaires importants et surtout
réguliers, il est assuré de voir ses tendances politiques fermement
défendues dans ces mêmes pages.
Ce simple survol
de la presse privée en Algérie, depuis l’engouement des premières
années où le lecteur a eu droit à une profusion de journaux et
ensuite la disparition de la plupart de certains périodiques face à
une concurrence sans foi ni loi, et enfin le maintien sur le marché
de quelques titres qui s’évertuent chacun à donner une information
que les autres n’ont pas et qui, parfois, s’avère de l’intox, nous
renseigne, on ne peut mieux, sur l’état d’esprit de la plupart des
éditeurs qui cherchent à s’enrichir.
Ce qui revient à
dire que l’ouverture démocratique qui a permis l’émergence d’une
presse nouvelle, différente de la presse étatique où la plupart des
sujets étaient tabous, même ceux qui traitent des problèmes de la
société tel l’avortement, les filles-mères, la drogue, le sida… a
été tout de même bénéfique sur certains points et a levé l’ombre sur
beaucoup de sujets importants. Cette ouverture pourtant n’a pas été
perçue comme une aubaine pour ancrer une vraie démocratie, celle qui
assure la libre expression et la libre opinion, se polarisant sur
des idées nouvelles sociales et politiques pour être un vecteur de
développement de la société. C’est finalement l’appât du gain qui
est le maître du jeu.
Khadidja
Mohamed Bouziane
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Disparition de la presse partisane
Les partis
ont-ils peur de s’exprimer ?
Depuis la fin de
l’année 1999, date de la disparition de Libre Algérie (bimensuel du
Front des forces socialistes), la presse partisane d’opinion s’est
complètement éclipsée de la scène médiatique. Les partis n’ont-ils
vraiment rien à dire à leurs militants et aux citoyens ? Dans quelle
mesure cette situation arrange-t-elle les pouvoirs publics ?
Tentative de décryptage.
Faut-il attendre
une campagne électorale, une interview dans la presse écrite privée
ou un communiqué pour savoir ce que pensent tel ou tel parti
politique des questions qui font l’actualité algérienne ? Il semble
bien qu’il faille se résigner à cette situation. Ni les partis sont
en mesure (financièrement et logistiquement) de créer leurs propres
journaux, ni les pouvoirs publics ne semblent emballés par l’idée
(républicaine) d’aider les formations politiques à exprimer leurs
positions et, par conséquent, les citoyens en général et les
électeurs en particulier de s’abreuver à d’autres sources
d’information que celles des JT, des séminaires et des conférences
de presse officielles.
Nous sommes loin
de la floraison des titres partisans de la période 1989- 1991. Une
floraison qui avait coïncidé avec l’ouverture démocratique
post-événements d’Octobre 1988, qui avait donné naissance à
plusieurs titres appartenant à des partis politiques. Cessant d’être
des tracts (du temps de la clandestinité) certains titres sont
désormais vendus dans les étals : Sawt Ech-Chaâb pour le PAGS et
El-Badil pour le MDA de Ahmed Ben Bella. Quant aux nouvelles
formations politiques, nées à la faveur de l’adoption de la
Constitution de 1989, elles avaient elles aussi créé leurs propres
titres. Le FIS et le RCD étaient les premiers. Le parti islamiste
n’avait pas moins de quatre titres, dont un en arabe et en français,
El-Mounqid, qui s’arrachait dès sa sortie des rotatives pour être
diffusé dans l’ensemble des wilayas. L’Avenir, du RCD, était
également très attendu aussi bien par les partisans du parti de Saïd
Sadi que par un lectorat de la mouvance démocratique. Le plus vieux
parti de l’opposition démocratique, le FFS, se joint lui aussi au
nouveau paysage médiatique avec Libre Algérie. Bien plus tard, le
parti de feu Mahfoud Nahnah lançait lui aussi son organe central,
En-Naba. D’une périodicité moins régulière, le PST et le PT éditent
respectivement El-Khatwa et Fraternité.
La presse du FIS
disparaît immédiatement après l’arrêt du processus électoral survenu
en janvier 1992. Les autres titres ne résistent pas longtemps
également. Avant fin 1994, il n’existait aucun titre partisan, à la
seule exception d’El Moudjahid Hebdo du Front de libération national
(FLN) qui a duré jusqu’aux années 1997-1998.
En cette même
période, Libre Algérie revient à son tour à l’occasion des élections
législatives de 1997. Après plusieurs années d’unanimité éditoriale,
le journal du FFS (dirigé, cette fois, par une équipe non partisane)
avait réussi à proposer une autre lecture des événements. L’aventure
n’a duré que deux années. Des problèmes financiers ont eu raison de
cet espace d’expression qui ne bénéficiait d’aucune rente
publicitaire.
Insignifiante
aide étatique
Plusieurs facteurs
ont contribué à la disparition de la presse partisane. Le plus
important est sans doute la situation financière des titres, mais
également de la volonté politique de maintenir (ou non) une
tradition de communication. Sur le plan financier, il faut dire que
l’aide de l’Etat n’était pas abondante, en particulier en matière de
publicité. Un journal partisan est donc entretenu par des militants
jusqu’à ce que ces derniers s’essoufflent. On peut supposer que
chaque titre avait son lectorat constitué des militants du parti.
Lorsqu’on représente des couches plus ou moins larges (FIS, FFS, RCD,
Hamas) on peut aisément écouler quelques dizaines de milliers
d’exemplaires par semaine. Ceci en théorie. Car hormis le FIS dont
les journaux se vendaient comme des petits pains, le reste de la
presse partisane n’avait pas autant de succès sur les étals des
buralistes.
La situation
politico-sécuritaire, après janvier 1992, a parachevé le désastre. A
la difficulté pour les partis opposés à ce choix de s’exprimer dans
les médias publics, d’énormes contraintes ont été dressées sur le
chemin de la presse partisane du FLN et FFS. Pour rappel, le FLN
avait même créé un quotidien national d’information, El Djazaïr El
Youm, dirigé par son secrétaire général de l’époque Abdelhamid Mehri,
qui a vite été interdit.
Par ailleurs, pour
certaines formations politiques du courant démocratique, il
semblerait que l’arrêt de leurs titres répondait à la logique du
moment, renforcée par de grandes possibilités de s’exprimer dans les
médias publics, mais également par l’existence d’une presse privée à
vocation partisane largement favorable à l’arrêt du processus
électoral. Au point où jusqu’au début des années 2000, des titres de
la presse privée étaient perçus (d’autres le sont encore) comme des
organes centraux de certains partis politiques de la mouvance
démocratique.
Avec la
disparition de Libre Algérie en octobre 1999, c’est toute la presse
partisane qui s’éclipse des étals. Le Parti des travailleurs tente
tant bien que mal de maintenir en vie son organe central,
Fraternité, mais sans grande portée éditoriale étant donné qu’il est
introuvable chez les buralistes.
Manque de
lisibilité
Maintenant que
l’existence d’une presse privée à vocation partisane prend largement
du recul, pour des raisons essentiellement commerciales, les partis
politiques ne devraient-ils pas relancer leurs propres titres ? Pour
le moment, exceptée l’expérience du PT, il n’existe aucun projet de
relance ou de création en vue.
Les contraintes
aidant, c’est maintenant une forte apathie à s’exprimer qui s’empare
des partis politiques. Des partis qui préfèrent réagir au lieu de
construire leur action dans la continuité. Des commentaires par-ci,
des entretiens par-là, des discours prononcés à de rares occasions,
juste ce qu’il faut pour réagir sur quelques questions nationales
(révision de la Constitution, révision de la loi sur les
hydrocarbures…), mais point de stratégie de communication chez les
partis politiques, en particulier ceux de l’opposition.
S’il faut
reconnaître qu’ils entretiennent mieux leurs sites Web (certains
sont introuvables – comme c’est le cas pour le MSP, FLN et El-Islah)
qu’ils mettent à jour régulièrement (cas du FFS, du RCD et du RND),
il reste que l’Internet ne peut remplacer le bon vieux papier
journal pour faire avancer ses idées au sein de la société. Que l’on
ne s’étonne pas qu’un Tlemcénien ou qu’un Skikdi soit moins enclin à
voter FFS ou RCD, non pas parce qu’il soit réfractaire à leurs
programmes politiques respectifs, mais parce qu’il n’en prend
connaissance qu’à l’occasion des campagnes électorales.
L’existence d’une
presse partisane est plus que souhaitable. Elle permettrait plus
qu’une meilleure lisibilité de l’actualité nationale. D’aucuns
pensent que les partis politiques devraient s’exprimer franchement
sur les scandales financiers qui touchent les banques privées et
publiques, sur les détournements du foncier agricole, sur
l’indépendance de la justice, sur leur lecture des lenteurs de la
révision des codes communal et de wilaya, sur le niveau de la
corruption atteint dans le pays et sur d’autres scandales comme
celui de BRC, les barons de la drogue en Algérie et la recrudescence
des attentats et des kidnappings en Kabylie. Les militants et les
citoyens auraient également souhaité que les partis s’expriment sur
la révision des statuts de la Fonction publique, sur l’augmentation
du SNMG et sur l’exercice des libertés syndicales. Pas seulement de
manière épisodique, mais de façon continue et pédagogique. Car c’est
comme cela aussi, et pas seulement avec des marches et des sit-in,
qu’on crée une opinion publique favorable à son programme politique.
Abdelkader
Djalil
Haut
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