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Semaine du 7 au 13 février 2007

Iran

Les Etats-Unis accentuent les pressions

 

 
 
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Les Etats-Unis accentuent les pressions

Déploiement aéronaval dans la région, campagnes régulières contre ce qui est présenté comme "le danger  iranien"… Les Etats-Unis se préparent-ils à une escalade militaire contre l’Iran ? L’Iran, devenu aujourd’hui le parfait bouc émissaire de Bush pour masquer son échec en Irak. Les coups de semonce, en tout cas, se succèdent et prennent les allures de sérieuses menaces à tel point que d’anciens responsables militaires américains ont appelé Blair a user de son influence pour éviter l’usage de la force contre la république islamique… 

Washington prend de nouvelles mesures pour isoler Téhéran

Les Etats-Unis multiplient les mesures et pressions  pour isoler l'Iran. Ils ont  annoncé récemment  un gel des ventes de pièces détachées de F-14 pour éviter, disent-ils, que ces pièces  n'atterrissent dans les mains des Iraniens. Ils ont par ailleurs prévenu qu'un blocage du Golfe par Téhéran pourrait se retourner contre la République islamique.

Tous les moyens sont utilisés par  l’administration américaine afin de  diaboliser l’Iran et justifier ainsi une escalade militaire contre le pays. Un procédé déjà utilisé avec l’Irak et les prétendues armes de destruction massive qui restent toujours introuvables.

Le Président américain a encore une fois déclaré, dernièrement, lors d'un entretien sur la chaîne ABC, que les Etats-Unis n'avaient aucun plan pour envahir l'Iran mais allaient augmenter la pression diplomatique pour convaincre Téhéran de mettre fin à son programme d'enrichissement d'uranium.

Mais l’envoi de toute une armada dans le golfe arabo-persique suggère que les Etats-Unis n’écartent pas l’éventualité d’un recours à la force, même limité à des bombardements sur les centrales nucléaires iraniennes.

Comment affaiblir l'Iran – pays doublement accusé par Washington de mener des recherches pour disposer d'un arsenal nucléaire et de jouer un rôle fondamental dans la déstabilisation en Irak – est devenu une question majeure pour les Etats-Unis. Il ne saurait y avoir dans la région de pays qui fasse contrepoids à l’allié israélien. 

Après les sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU adoptées laborieusement fin décembre, l'Iran a été visé, la semaine écoulée, par la décision du Pentagone de geler les ventes de pièces détachées de F-14. Les Américains craignent que, via des intermédiaires, ces pièces n'arrivent dans les mains des Iraniens. L'Iran avait acheté 79 F-14 aux Etats-Unis avant la chute du Shah, en 1979. Les ventes ont été suspendues le 26 janvier. Jusqu'à cette date, les Américains proposaient aux enchères des pièces détachées de cet avion.

Signe également de la tension grandissante entre les deux pays : l'amiral américain William Fallon, futur patron des opérations militaires américaines au Moyen-Orient, a estimé que l'Iran pourrait chercher à l'avenir à empêcher les forces américaines d'accéder au Golfe via le détroit d'Ormuz. "Mais (...) il ne s'agit pas d'un jeu à sens unique, car l'Iran, j'en suis convaincu, dépend très largement de ses exportations de pétrole pour son économie. Et ces exportations, bien sûr, passent par le même détroit d'Ormuz qu'ils pourraient chercher à nous interdire", a-t-il dit lors d'une audition devant la commission des forces armées au Sénat.

Le renforcement militaire américain dans le Golfe est également un signal adressé à Téhéran. En désignant l'amiral Fallon, le président Bush a aussi décidé d'envoyer un deuxième porte-avions, l'USS John C. Stennis, avec son groupe naval, dans le Golfe. Des systèmes de défense par missiles Patriot ont également été dépêchés. Cette arrivée renforcera les troupes navales américaines stationnées dans la région à leur plus haut niveau depuis l'invasion de l'Irak en mars 2003.

Les Iraniens opérant en Irak et soupçonnés par les Américains de déstabiliser le gouvernement de Bagdad et d'être responsables d'attentats ont été aussi directement montrés du doigt par le président Bush. Il a confirmé avoir autorisé les soldats américains à les tuer ou à les capturer. Autres indices que la campagne de l’administration Bush contre Téhéran se fait de plus en plus fébrile : les arrestations régulières de diplomates iraniens et l’incursion US dans un consulat d’Erbil. La constitution d’une coalition anti-iranienne incluant certains pays arabes, les mêmes d’ailleurs qui ont appuyé la guerre contre l’Irak, va dans le même sens. Quoi qu’il en soit, malgré les multiples mises en garde sur les risques d’un embrasement de la région en cas d’opération musclée contre l’Iran, l’administration américaine n’a jamais vraiment levé l’ambiguïté sur ses intentions à l’égard de l’Iran, laissant vraisemblablement toutes les options ouvertes.

L’Iran, bouc émissaire de Bush en Irak

Steve Hadley, un des plus hauts conseillers  de George W. Bush, a confirmé cette semaine qu'en haussant le ton contre les  agissements iraniens en Irak, le Président cherchait davantage un moyen de  pression supplémentaire contre l'Iran qu'un coupable de tous les maux  irakiens. Le Renseignement américain a d'ailleurs publié un rapport disant que, si le  malade irakien présentait des symptômes de "guerre civile", son voisin iranien n'était pas le principal responsable. Certes, dit le document, "le soutien meurtrier des Iraniens à des groupes  précis de militants irakiens chiites intensifie le conflit en Irak". Mais l'implication des voisins de l'Irak et bêtes noires des Etats-Unis  dans la région, l'Iran et la Syrie, "est peu susceptible d'être un facteur  majeur de violence ou de perspective de stabilité" à cause de la dynamique propre aux affrontements inter-communautaires irakiens. G. Bush s'est gardé de dire que l'Iran était un "facteur majeur"  d'instabilité.  Mais, en même temps qu'il défend un nouveau plan pour l'Irak contre la désapprobation du Congrès et de l'opinion, il répète que les Etats-Unis  emploieront tous les moyens nécessaires pour protéger leurs soldats contre les  agissements iraniens en Irak. Par son insistance, a-t-il, volontairement ou involontairement, exagéré les  torts iraniens ?

Anthony Cordesman, expert au Center for Strategic and  International Studies, relève que le Renseignement "dresse un tableau bien plus  nuancé de la menace" iranienne que le Président.

Steve Hadley, conseiller de G. Bush à la sécurité nationale, a répondu qu'il  ne s'agissait pas que de l'Irak, mais aussi des inquiétudes des dirigeants des  pays sunnites, qui "vont bien au-delà du rôle iranien en Irak". Hadley a porté, dans le même acte d'accusation contre la République  islamique, non seulement ses menées en Irak, mais aussi le soutien au mouvement Hamas dans les Territoires palestiniens et les efforts pour, dit-il, "déstabiliser" le gouvernement libanais et se doter de l'arme nucléaire.  L'Iran est  "un fauteur de troubles dans la région", a-t-il dit. 

"Il n'y va pas ici de l'Irak, il y va de l'Iran" lui-même, résume Lawrence  Korb, expert au Center for American Progress. 

Bush a autorisé à tuer ou capturer les agents iraniens menaçant les  soldats américains après que les Etats-Unis eurent constaté une augmentation de  leur nuisance dans la deuxième moitié de 2006, dit la Maison-Blanche. Les Américains accusent les Iraniens de fournir les milices chiites en  armes et en engins explosifs qui causent tant de ravages dans leurs rangs. Cependant, ils ont repoussé, au moins à deux reprises, une conférence au cours de laquelle ils comptaient produire les preuves de leurs allégations. L'Iran lui-même ne cesse de mettre les Etats-Unis au défi de livrer ces preuves. En temporisant, l'administration conforte les doutes jusqu'à susciter  le soupçon que  Bush cherche un bouc émissaire. La rhétorique vigoureuse du locataire de la Maison-Blanche fait craindre aux adversaires démocrates du président une escalade semblable à celle qui avait  précédé l'invasion de l'Irak, quand un Renseignement défaillant avait servi à  justifier la guerre. Les experts envisagent que les radicaux iraniens soutiennent leurs pairs irakiens pour causer juste ce qu'il faut d'ennuis aux Américains.  Mais, disait Dennis Ross, conseiller au Washington Institute for Near East  Policy, en janvier devant des sénateurs, l'Iran comme la Syrie ont "peu  d'intérêt à voir l'Irak commencer à se déliter". Il invoquait le risque d'un  afflux de réfugiés, d'une contagion de la violence et du terrorisme et d'une rivalité exacerbée avec l'Arabie Saoudite.

Appel de militaires US  contre une intervention en  Iran

Trois anciens responsables militaires  américains ont lancé un appel au Premier Ministre britannique Tony Blair, lui  demandant d'user de son influence pour éviter une intervention militaire contre  l'Iran qui, affirment-ils, aurait des effets "désastreux".  "En tant qu'anciens responsables militaires américains, nous sommes fermement opposés à l'usage de la force militaire contre l'Iran", écrivent, les trois commandants à la retraite dans une lettre publiée par le journal  britannique Sunday Times. Les généraux Robert G. Gard Jr et Joseph P. Hoar et le contre-amiral Jack Shanahan estiment qu'une attaque contre l'Iran "aurait des conséquences  désastreuses pour la sécurité dans la région et ne ferait qu'exacerber les  tensions locales et régionales". "Le gouvernement britannique a un rôle décisif à jouer pour assurer une  relance des efforts diplomatiques" afin de résoudre la crise autour du  nucléaire iranien, poursuivent-ils. Londres doit faire savoir "clairement qu'il  s'opposera à tout recours à la force militaire", concluent-ils.

Mais qu’attendre en fait de Blair qui a toujours manifesté un alignement sans faille sur la politique de Bush ?

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