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Iran
Les Etats-Unis
accentuent les pressions
Déploiement
aéronaval dans la région, campagnes régulières contre ce qui est
présenté comme "le danger iranien"… Les Etats-Unis se préparent-ils
à une escalade militaire contre l’Iran ? L’Iran, devenu aujourd’hui
le parfait bouc émissaire de Bush pour masquer son échec en Irak.
Les coups de semonce, en tout cas, se succèdent et prennent les
allures de sérieuses menaces à tel point que d’anciens responsables
militaires américains ont appelé Blair a user de son influence pour
éviter l’usage de la force contre la république islamique…
Washington
prend de nouvelles mesures pour isoler Téhéran
Les Etats-Unis
multiplient les mesures et pressions pour isoler l'Iran. Ils ont
annoncé récemment un gel des ventes de pièces détachées de F-14
pour éviter, disent-ils, que ces pièces n'atterrissent dans les
mains des Iraniens. Ils ont par ailleurs prévenu qu'un blocage du
Golfe par Téhéran pourrait se retourner contre la République
islamique.
Tous les moyens
sont utilisés par l’administration américaine afin de diaboliser
l’Iran et justifier ainsi une escalade militaire contre le pays. Un
procédé déjà utilisé avec l’Irak et les prétendues armes de
destruction massive qui restent toujours introuvables.
Le Président
américain a encore une fois déclaré, dernièrement, lors d'un
entretien sur la chaîne ABC, que les Etats-Unis n'avaient aucun plan
pour envahir l'Iran mais allaient augmenter la pression diplomatique
pour convaincre Téhéran de mettre fin à son programme
d'enrichissement d'uranium.
Mais l’envoi de
toute une armada dans le golfe arabo-persique suggère que les
Etats-Unis n’écartent pas l’éventualité d’un recours à la force,
même limité à des bombardements sur les centrales nucléaires
iraniennes.
Comment affaiblir
l'Iran – pays doublement accusé par Washington de mener des
recherches pour disposer d'un arsenal nucléaire et de jouer un rôle
fondamental dans la déstabilisation en Irak – est devenu une
question majeure pour les Etats-Unis. Il ne saurait y avoir dans la
région de pays qui fasse contrepoids à l’allié israélien.
Après les
sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU adoptées laborieusement
fin décembre, l'Iran a été visé, la semaine écoulée, par la décision
du Pentagone de geler les ventes de pièces détachées de F-14. Les
Américains craignent que, via des intermédiaires, ces pièces
n'arrivent dans les mains des Iraniens. L'Iran avait acheté 79 F-14
aux Etats-Unis avant la chute du Shah, en 1979. Les ventes ont été
suspendues le 26 janvier. Jusqu'à cette date, les Américains
proposaient aux enchères des pièces détachées de cet avion.
Signe également de
la tension grandissante entre les deux pays : l'amiral américain
William Fallon, futur patron des opérations militaires américaines
au Moyen-Orient, a estimé que l'Iran pourrait chercher à l'avenir à
empêcher les forces américaines d'accéder au Golfe via le détroit
d'Ormuz. "Mais (...) il ne s'agit pas d'un jeu à sens unique, car
l'Iran, j'en suis convaincu, dépend très largement de ses
exportations de pétrole pour son économie. Et ces exportations, bien
sûr, passent par le même détroit d'Ormuz qu'ils pourraient chercher
à nous interdire", a-t-il dit lors d'une audition devant la
commission des forces armées au Sénat.
Le renforcement
militaire américain dans le Golfe est également un signal adressé à
Téhéran. En désignant l'amiral Fallon, le président Bush a aussi
décidé d'envoyer un deuxième porte-avions, l'USS John C. Stennis,
avec son groupe naval, dans le Golfe. Des systèmes de défense par
missiles Patriot ont également été dépêchés. Cette arrivée
renforcera les troupes navales américaines stationnées dans la
région à leur plus haut niveau depuis l'invasion de l'Irak en mars
2003.
Les Iraniens
opérant en Irak et soupçonnés par les Américains de déstabiliser le
gouvernement de Bagdad et d'être responsables d'attentats ont été
aussi directement montrés du doigt par le président Bush. Il a
confirmé avoir autorisé les soldats américains à les tuer ou à les
capturer. Autres indices que la campagne de l’administration Bush
contre Téhéran se fait de plus en plus fébrile : les arrestations
régulières de diplomates iraniens et l’incursion US dans un consulat
d’Erbil. La constitution d’une coalition anti-iranienne incluant
certains pays arabes, les mêmes d’ailleurs qui ont appuyé la guerre
contre l’Irak, va dans le même sens. Quoi qu’il en soit, malgré les
multiples mises en garde sur les risques d’un embrasement de la
région en cas d’opération musclée contre l’Iran, l’administration
américaine n’a jamais vraiment levé l’ambiguïté sur ses intentions à
l’égard de l’Iran, laissant vraisemblablement toutes les options
ouvertes.
L’Iran, bouc
émissaire de Bush en Irak
Steve Hadley, un
des plus hauts conseillers de George W. Bush, a confirmé cette
semaine qu'en haussant le ton contre les agissements iraniens en
Irak, le Président cherchait davantage un moyen de pression
supplémentaire contre l'Iran qu'un coupable de tous les maux
irakiens. Le Renseignement américain a d'ailleurs publié un rapport
disant que, si le malade irakien présentait des symptômes de
"guerre civile", son voisin iranien n'était pas le principal
responsable. Certes, dit le document, "le soutien meurtrier des
Iraniens à des groupes précis de militants irakiens chiites
intensifie le conflit en Irak". Mais l'implication des voisins de
l'Irak et bêtes noires des Etats-Unis dans la région, l'Iran et la
Syrie, "est peu susceptible d'être un facteur majeur de violence ou
de perspective de stabilité" à cause de la dynamique propre aux
affrontements inter-communautaires irakiens. G. Bush s'est gardé de
dire que l'Iran était un "facteur majeur" d'instabilité. Mais, en
même temps qu'il défend un nouveau plan pour l'Irak contre la
désapprobation du Congrès et de l'opinion, il répète que les
Etats-Unis emploieront tous les moyens nécessaires pour protéger
leurs soldats contre les agissements iraniens en Irak. Par son
insistance, a-t-il, volontairement ou involontairement, exagéré les
torts iraniens ?
Anthony Cordesman,
expert au Center for Strategic and International Studies, relève
que le Renseignement "dresse un tableau bien plus nuancé de la
menace" iranienne que le Président.
Steve Hadley,
conseiller de G. Bush à la sécurité nationale, a répondu qu'il ne
s'agissait pas que de l'Irak, mais aussi des inquiétudes des
dirigeants des pays sunnites, qui "vont bien au-delà du rôle
iranien en Irak". Hadley a porté, dans le même acte d'accusation
contre la République islamique, non seulement ses menées en Irak,
mais aussi le soutien au mouvement Hamas dans les Territoires
palestiniens et les efforts pour, dit-il, "déstabiliser" le
gouvernement libanais et se doter de l'arme nucléaire. L'Iran est
"un fauteur de troubles dans la région", a-t-il dit.
"Il n'y va pas ici
de l'Irak, il y va de l'Iran" lui-même, résume Lawrence Korb,
expert au Center for American Progress.
Bush a autorisé à
tuer ou capturer les agents iraniens menaçant les soldats
américains après que les Etats-Unis eurent constaté une augmentation
de leur nuisance dans la deuxième moitié de 2006, dit la
Maison-Blanche. Les Américains accusent les Iraniens de fournir les
milices chiites en armes et en engins explosifs qui causent tant de
ravages dans leurs rangs. Cependant, ils ont repoussé, au moins à
deux reprises, une conférence au cours de laquelle ils comptaient
produire les preuves de leurs allégations. L'Iran lui-même ne cesse
de mettre les Etats-Unis au défi de livrer ces preuves. En
temporisant, l'administration conforte les doutes jusqu'à susciter
le soupçon que Bush cherche un bouc émissaire. La rhétorique
vigoureuse du locataire de la Maison-Blanche fait craindre aux
adversaires démocrates du président une escalade semblable à celle
qui avait précédé l'invasion de l'Irak, quand un Renseignement
défaillant avait servi à justifier la guerre. Les experts
envisagent que les radicaux iraniens soutiennent leurs pairs
irakiens pour causer juste ce qu'il faut d'ennuis aux Américains.
Mais, disait Dennis Ross, conseiller au Washington Institute for
Near East Policy, en janvier devant des sénateurs, l'Iran comme la
Syrie ont "peu d'intérêt à voir l'Irak commencer à se déliter". Il
invoquait le risque d'un afflux de réfugiés, d'une contagion de la
violence et du terrorisme et d'une rivalité exacerbée avec l'Arabie
Saoudite.
Appel de
militaires US contre une intervention en Iran
Trois anciens
responsables militaires américains ont lancé un appel au Premier
Ministre britannique Tony Blair, lui demandant d'user de son
influence pour éviter une intervention militaire contre l'Iran qui,
affirment-ils, aurait des effets "désastreux". "En tant qu'anciens
responsables militaires américains, nous sommes fermement opposés à
l'usage de la force militaire contre l'Iran", écrivent, les trois
commandants à la retraite dans une lettre publiée par le journal
britannique Sunday Times. Les généraux Robert G. Gard Jr et Joseph
P. Hoar et le contre-amiral Jack Shanahan estiment qu'une attaque
contre l'Iran "aurait des conséquences désastreuses pour la
sécurité dans la région et ne ferait qu'exacerber les tensions
locales et régionales". "Le gouvernement britannique a un rôle
décisif à jouer pour assurer une relance des efforts diplomatiques"
afin de résoudre la crise autour du nucléaire iranien,
poursuivent-ils. Londres doit faire savoir "clairement qu'il
s'opposera à tout recours à la force militaire", concluent-ils.
Mais qu’attendre
en fait de Blair qui a toujours manifesté un alignement sans faille
sur la politique de Bush ?
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