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Deux législatures pluralistes, une leçon
Les députés ont
failli
Deux législatures
pluralistes ont-elles permis au pays de rompre définitivement avec
la pensée unique ? Ont elles déterminé la praxis politique qui
s’imposera pour les quinquennats à venir ?
Alors que nous
sommes aux portes d’une troisième législature pluraliste, on se rend
surtout compte de la vacuité des deux assemblées nationales élues
pour le peu d’usage qui en a été fait du pouvoir que leur confère la
loi alors qu’il s’agissait, pour elles, de répondre notamment, et
comme il était attendu, aux attentes essentielles et pressantes de
la société.
L’essentiel des
lois n’a pas été débattu. Légiférer par ordonnance a été la règle
lorsqu’il s’est agi d’apporter à la société ce qu’elle attendait
ardemment. Des ordonnances qui ont apporté certainement plus que les
errements de certains élus lorsqu’ils ont voulu légiférer, et cela
malgré les critiques que l’on pourrait porter sur le fond autant que
sur la forme à des décisions autocratiques d’un président de la
République alors qu’elles remettent en question certains des
principes fondamentaux de la démocratie telle que nous la concevons
ou imaginons.
Pour s’en
convaincre, on pourrait citer la dernière sortie de Bouguerra
Soltani. Elle est particulièrement illustrative puisque le ministre
d’Etat et néanmoins chef du parti Harakatou Moudjtammaa Assilm
proposait de faire déposer une loi par le biais de son groupe
parlementaire pour interdire la commercialisation et la fabrication
du vin alors qu’on l’a vu s’opposer au nouveau code de la famille,
quand l’abrogation salutaire de certaines de ses dispositions les
plus injustes s’est faite par ordonnance présidentielle.
Cette propension à
vouloir faire passer des lois en contradiction avec le sens du
progrès et même de l’histoire aura marqué le plus souvent les
initiatives de certains élus issus des partis dits islamistes, plus
emportés par des velléités populistes que par des résolutions issues
de débats fructueux. Il est intéressant de noter que cette même
assemblée n’a pas jugé bon de débattre de la question de l’abolition
de la peine de mort en Algérie ; si quelques députés se sont exprimé
à ce sujet, ils l’on fait lorsqu’ils ont été sollicités par les
médias. Pourtant, on serait tentés de croire qu’une partie de
l’élite politique se trouve effectivement dans l’hémicycle et c’est
à elle de déterminer les termes des débats, de tous les débats. S’il
fallait se demander qui avait pris l’initiative de lancer la
discussion sur la peine de mort, il est intéressant de noter que
c’était le ministre de la Justice lui-même, suivi par ses plus
proches collaborateurs.
Les plus
intéressantes des sorties des députés demeure certainement les
séries de questions orales, dont la plus mémorable restera
certainement celle de 1998. Aux premiers mois de la première
assemblée pluraliste, celle-ci s’était livrée au périlleux exercice
de questionner Ahmed Ouyahia, alors chef du gouvernement, qui
finalement ne libérera – dans tous les sens du terme – les députés
de leurs questionnement qu’après une éreintante “séance de réponses”
qui durera jusqu’au petit matin, en plein mois de ramadan. Certains
élus découvraient sans nul doute que la politique est aussi parfois
quelque chose de sérieux.
Les députés de
cette même assemblée s’étaient distingués, quelques semaines
auparavant, en débattant âprement, à huis clos, le niveau de
leurs “honoraires” pour représenter le peuple devant les pouvoirs
publics, instaurant de fait une tradition à ce propos. Quant à se
faire remarquer individuellement, on retient plus souvent le nom des
membres du gouvernement qui font sensation que celui de quelques
stars qui occupent l’hémicycle.
Les journalistes
qui ont l’habitude de couvrir les travaux de l’APN gardent à chaque
fois une sensation de vide lorsqu’ils font notamment le décompte des
fauteuils bleus vides, plus nombreux que ceux occupés.
Effectivement, la majorité des députés sont le plus souvent absents
comme si leur mandat se limitait aux quelques moments forts des
séances plénières rediffusés par la télévision nationale.
Qui sont les
députés ?
Il est tout de
même intéressant de voir que l’on rencontre peu de députés qui
tentent de se faire connaître ou qui ont des idées à faire passer.
Par absence de pratique militante, par absence de formation
politique ? Lors de l’élection présidentielle de 2004, les députés
qui ont le plus activé, ceux du FLN, étaient souvent d’anciens
ministres. Des gens aguerris à la politique mais venus par le haut.
Des militants de base qui sont arrivé au mandat national à force de
militantisme, il est difficile d’en faire le compte ; peut-être
quelques têtes émergentes chez le HMS ou le PT. Il faut tout de même
reconnaître que le député le plus célèbre ou le plus en vue est une
femme, militante à la gauche de la gauche. Louisa Hanoune siège
depuis dix ans à l’hémicycle mais on retient le plus souvent d’elle
sa qualité de porte-parole du Parti des travailleurs que celle
d’élue avec un mandat national.
Un exercice aussi
difficile que de chercher un député, celui de chercher l’opposition.
Durant la législature 1997-2002, elle aura fait illusion avant de
disparaître alors que l’on trouvait quelques militants du FFS,
d’autres du RCD. Certains trop absents (comme Saïd Sadi), d’autres
trop présents mais trop peu nombreux (la politique se fait tout de
même avec des majorités) si bien qu’on les entendait trop sans voir
l’effet de leurs discours.
La dernière
législature aura été marquée justement par l’absence d’effervescence
qui aura au moins marqué la première. Dans les événements les plus
chauds, durant les troubles en Kabylie, alors que le mouvement des
ârouch s’était emparé de la rue, la reprise en main politique du
mouvement a surtout été tentée par le RCD et le FFS, mais en
l’absence des élus nationaux. Le seul interlocuteur politique des
populations en colère a été le ministre de l’Intérieur. Pis que
cela, on a été chercher dans la société civile des interfaces pour
réduire de la tension et non chez des politiques, alors que les uns
(RCD et FFS) n’étaient pas représentés et les autres (les élus de
Kabylie des autres partis) n’étaient pas représentatifs.
On a aussi appris
à parler de majorité tant ce concept paraît peu évident dans le
système politique algérien.
La question a été
mise en évidence avec acuité lorsque le SG du FLN, Abdelaziz
Belkhadem, a voulu mener le débat sur ce terrain. Il est vrai que
c’est le plus grand nombre de députés favorables qui assure le
succès des initiatives politiques et le bilan d’un gouvernement. Il
reste que l’on peut se demander à quoi peut bien servir une majorité
quand les trois partis les plus représentés ne mettent pas leur
programme en évidence – faute d’en avoir un, peut-être – mais celui
du président de la République et s’alignent derrière lui.
Il est alors
normal de ne pas voir de fronde du FLN divisé au moment de
l’élection présidentielle en 2004. Huit ordonnances présidentielles
sont passées sans l’ombre d’une opposition, à croire que les
convictions n’étaient pas si assurées que cela.
Est-ce que les
deux législatures précédentes sont significatives de ce qui se fera
par la suite ? Il faut espérer que non, parce que l’Algérie mérite
mieux qu’une assemblée pluraliste de salariés du système, voire de
façade.
Amine Esseghir
Haut
APN
Députés du
peuple ?
“Elus du “peuple”
ou d’un “système” ? Au bout de deux mandatures (1997-2002 et
2002-2007), les députés de l’APN (sauf rares exceptions) ont brillé
par leur absence malgré une présence physique au sein de
l’hémicycle. Dix ans de Parlement pluraliste, le bilan est
franchement maigre. Des députés qui votent quasi systématiquement
des lois qu’on leur soumet, qui acceptent aisément d’êtres
dépouillés de leurs prérogatives et qui n’hésitent pas à se déjuger
lorsque “l’intérêt national” (une blague qui revient souvent dans le
jargon de nos hommes politiques) le recommande.
Le premier
Parlement pluraliste, celui 1997, est né sous la douleur.
Caractérisé par une extraordinaire fraude électorale à main armée,
l’APN de 1997-2007 était à majorité RND. Un “jeune” parti qui venait
à peine de naître (quelques mois plutôt) sous le manteau des
autorités avec comme soutien les inénarrables “associations de
masse” (passées pour l’occasion, “intérêt national” oblige, du FLN
au RND), l’administration, ainsi que l’omniprésent syndicat des
travailleurs (UGTA). La fraude à ciel ouvert a tellement été
marquante qu’il a fallu décréter une commission d’enquête
parlementaire pour situer les responsabilités. Après plusieurs
semaines d’investigation, la commission, composée de l’ensemble des
partis représentés au sein de l’APN de l’époque (FFS, RCD, HMS,
En-Nahda, PT, FLN et RND), avait réalisé un excellent travail,
puisqu’elle avait réussi à mettre à jour l’ensemble des atteintes à
la loi ayant mené à la fraude électorale digne des régimes
staliniens. Malheureusement, le rapport de ladite commission s’est
volatilisé et n’a jamais été présenté en plénière, comme prévu au
départ. Le président de la commission d’enquête parlementaire (on se
contentera juste de dire qu’il est du FLN) s’est volatilisé dans la
nature, pendant plusieurs semaines, en emportant le rapport. Un
marchandage politique avait eu lieu dès cette époque entre le FLN et
le RND pour taire les conclusions du document (même si une bonne
partie a été révélée à la presse par les partis d’opposition). Plus
tard, Ali Benflis, alors SG du FLN, a officiellement annoncé avoir
mis sous le coude ce rapport pour concrétiser une alliance avec le
RND. Il apprendra, à ses dépens, plus tard aussi, que des
“alliances” de ce genre ne sont pas nécessairement profitables à
celui qui les a conclues.
Pour le reste, le
précédent mandat comme l’actuel n’ont pas été des exemples de
“grands débats démocratiques” ni de l’exercice plein et satisfaisant
du rôle du député. En dix ans, l’Assemblée populaire nationale (APN)
a voté plus de 150 textes de loi. La quasi-totalité de ces textes a
été proposée par l’Exécutif (dirigé alternativement par le RND puis
par le FLN), ou par le président de la république. Les projets de
loi proposés par les députés sont très rares, même si la
Constitution (dans son article 119) accorde aux Parlement
l’initiative d’un texte réglementaire.
La loi sur les
hydrocarbures
Pour illustrer la
discipline sans faille des députés, il n’y a pas meilleur exemple
que la nouvelle loi sur les hydrocarbures. Adoptée en 2005 après
plus de deux ans de “débats” hors de l’APN, l’Assemblée a fini par
donner son quitus à la loi de Chakib Khelil. Hormis ceux du PT, et à
une degré moindre ceux d’El-Islah, les députés des autres partis
politiques ont avalisé le texte qui leur a été présenté sans en
changer une seule virgule. Censé avoir eu l’accord des plus hautes
autorités du pays, dont le président de la République, la première
version de cette loi, dont le but principal était d’ouvrir encore
plus le secteur des hydrocarbures, a été votée sans grande
discussion. Et voilà que quelques mois plus tard, ces mêmes députés
sont invités à se déjuger, non pas en modifiant eux-mêmes la loi
qu’ils ont votée en 2005, mais en accordant, encore une fois, un
blanc-seing à la nouvelle mouture proposée par le président de la
République. Suprême humiliation ! Une humiliation tout de même
passée sous silence puisque l’on a débattu des changements apportés
à la loi au lieu de débattre de l’attitude des députés à voter avec
une grande discipline tout ce qui leur est proposé, comme une simple
boite d’enregistrement. Pas plus !
Ceci pour la
mission législative. Quant à la mission de contrôle, les députés
n’en font aucun usage, hormis les traditionnelles questions orales
(plutôt écrites plusieurs semaines avant !). En effet, durant les
deux mandatures, l’APN n’a jamais contrôlé l'utilisation des crédits
qu'elle a votés (art. 160 de la Constitution), ni constitué de
commissions d'enquêtes (art. 161 de la loi fondamentale). Le seul
exemple de commission d’enquête parlementaire s’est terminé en queue
de poisson, comme décrit précédemment. Pourtant, ce ne sont pas les
occasions qui ont manqué aux députés pour l’exercice de cette
prérogative d’investigation.
A l’origine du
problème
Pour ne parler que
des scandales bancaires, les députés pouvaient très bien se saisir
des affaires Khalifa, BCIA, BDL, Badr… et tous les hold-up de
banques qui se sont produits depuis plusieurs années. Mais ce serait
trop demandé à des députés (une majorité d’entre eux au moins) dont
la seule mission est de plaire à leurs partis à qui ils doivent la
qualité d’“élus du peuple”. Même les lois votées ne sont pas suivies
sur le terrain. Alors oser demander aux députés de militer pour la
levée de l’état d’urgence, de légiférer pour le renforcement les
libertés individuelles en général et de la liberté d’expression et
de la presse en particulier… Il n’y a qu’à voir le cafouillage lors
du débat autour de la loi sur la lutte contre la corruption pour
comprendre qu’il ne faut pas attendre des députés qu’ils
révolutionnent la pratique parlementaire.
“Les députés du
MSP n’ont pas chômé durant toute la législature. Cependant, étant
une minorité qui ne représente que 9%, nous ne pouvons nous imposer.
La loi du nombre nous handicape et nous empêche de faire notre
travail à la perfection”, expliquait récemment le président du
groupe parlementaire du MSP, M. Samari.
Mais en fait,
cette improductivité (du point de vu qualitatif) des députés dépasse
de loin la question des “minorités” au sein de l’Assemblée. Ce
serait plutôt le mode de scrutin qui fait que le candidat soit
redevable à vie à son parti (pour avoir choisi de le mettre dans sa
liste électorale) au lieu d’être fidèle au mandat populaire,
c'est-à-dire à ses électeurs. La seule préoccupation des candidats
réside dans le classement sur la liste électorale, une manière de
s’assurer qu’ils auront de grandes chances d’êtres élus. Et tant
qu’un parlementaire n’est pas redevable à ses électeurs, il ne
sentira aucune obligation à défendre leurs intérêts. Sur ce point,
les députés ont été loin du compte, laissant les citoyens s’exprimer
à coups d’émeutes. On ne comprend pas, d’ailleurs, comment le
président du groupe parlementaire du FLN, Dadouaâ Layachi, estime
que “le rôle du député a été important dans la mesure où il a été le
réceptacle des préoccupations citoyennes au niveau local et au
niveau national”. Où, quand et comment cela a eu lieu ? On croit
vivre dans un autre pays que celui où réside M. Dadouaâ.
Abdelkader
Djalil
Haut
Relation APN–Presse
Comment lever
les incompréhensions ?
Il est tout de
même paradoxal que cela soit en fin de mandat que les responsables
l’APN songent à organiser un atelier de formation des membres et des
fonctionnaires du parlement sur "la relation entre le parlement et
la presse". Et pour cause, un tel atelier aurait eu certainement
meilleur impact sur les relations entre les deux parties. D’autant
que chacune d’elle eu à se plaindre des « agissements » de l’autre.
C’est du reste pour cette raisons que le ministre de la
Communication, El-Hachemi Djiar présent avec d’autes responsables
d’organes de presse privés et public a appelé à rétablir les liens
traditionnels, entre la presse et l'Assemblée populaire nationale (APN),
qui les unissaient durant les périodes difficiles. C’est la preuve
donc que les relations entre le deux pouvoirs, que le ministre se
plaira à appeler « deux forces vives de la nation » ne sont plus au
beau fixe. le ministre. Il faut dire aussi que dans le cadre de
cette nouvelle démarché préconisée c’est surtout l’assemblée qui
gagnerait puisque sa crédibilité entachée par les nombreux articles
de presse où sont dénoncés le désintérêt, l’absentéisme et le fait
également que les députés ont transformé le Parlement en une simple
chambre d’enregistrement où tous les textes et projets de loi
proposés par le gouvernement passent quasiment comme une lettre à la
poste. En fait au fil des législatures, les députés conscients de
leur propre faiblesse à la quelle toutefois faut-il le faire
remarquer y on grandement contribuer par crainte de perdre tous les
avantages matériels que confère l’obtention d’un mandat. Il est vrai
que face aux rares tentatives de « soulèvement » observées par les
députés qui ont osé s’offusquer du fait que leurs prérogatives sont
foulées au pied par le recours à l’ordonnance comme moyen de
légiférer, on a vite fait de les remettre à leur place en faisant
planer sur leurs têtes le spectre d’une dissolution et de
l’organisation d’élections législatives anticipées. Il n’en fallait
pas plus pour faire disparaître toute velléité de rébellion. il est
vrai aussi que le confort matériel et les privilèges auxquels ouvre
droit la députation sont difficilement compensables. Et pourtant l’APN
aurait pu être en s’appuyant sur la presse, ce contre pouvoir
reconnu sous d’autres cieux, devenir la chambre de ce parlement
pluraliste dont le pays a rêvé au lendemain de l’instauration du
pluralisme politique en 1989. C’est dire toute l’étendu du gâchis.
Selon le ministre en charge du secteur de la communication il
importe également de se concerter autour de ces questions et de
d'oeuvrer conjointement sous forme d'un partenariat visant à
informer le citoyen des activités et des réalisations de l'APN et de
ses différents organes, de manière à ce que chaque partenaire puisse
accomplir les taches qui lui incombent. Un vœu qui vaut surtout
pour les députés. Car s’il est indiqué qu’en vue d'atteindre cet
objectif, les journalistes doivent se former et améliorer leurs
compétences de manière constante, notamment en matière de recherche,
de sélection, de traitement et de formulation de l'information,
soulignant la nécessité de se conformer à la déontologie et de
maîtriser les nouvelles techniques de communication et ce avec
l'aide des autorités publiques il reste tout aussi vrai que les
institutions de l’Etat , en premier lieu le parlement apprennent à
communiquer .L'APN se doit, de fournir au journaliste les
informations nécessaires pour qu'il puisse accomplir sa mission en
toute neutralité sans prendre position ni en faveur des élus de la
nation ni de leurs électeurs. Or faut-il le souligner cela n’est
presque jamais le cas. Et lorsque l’APN communique c’est toujours
pour ne rien dire ou presque. On en voudra pour preuve les
communiqués laconiques rendus publics pour annoncer les activités
de quelques membres. Lorsque une information sort de l’auguste
institution elle est en général livrée par un député qui entretient
de bons rapports avec un journaliste. C’est dire que cela ne s’est
fait pas dans un cadre organisé. La communication est loin d’avoir
la place qui devrait être le sien au sein de l’assemblée. Même les
groupes parlementaires n’organisent des conférence qu’à l’occasion.
Et pourtant l’idéal aurait été qu’ils communiquent de manière
régulière avec les médias en vue de les informer sur leurs activités
au sein de l’APN. L'objectif escompté de cette nouvelle
relation à laquelle exhorte le ministre est de "gagner la confiance
du citoyen afin
qu'il puisse s'acquitter de ses devoirs dans les questions qui le
concerne". Dans cette optique le premier responsable de la
communication a suggéré la création d’une chaîne de télévision
institutionnelle. Sera-t-elle, si l’on s’accorde à dire qu’au plan
technique sa mise en place ne pose aucun problème particulier, pour
autant cet outil qui permette de rendre état du fonctionnement des
institutions de l’Etat ? la question est posée. Car il faut surtout
rappeler que le déficit en matière de communication, et la plus
belle des preuve est donnée par le parlement, est tellement immense
qu’il serait prétentieux de croire qu’une télévision serait à le
combler. D’autant qu(‘’il y a de forte chance que cette télévision
ne verse dans ce défaut qu’ont les concepteur de la communication
institutionnelle dans notre pays et qui consiste à croire que
communiquer est synonyme de balancer des communiqués dans lesquels
on ne donne jamais d’information puisque seul l’aspect protocolaire
est mis en évidence. Hachemi Djiar, en suggérant à réfléchir à la
création dans les "plus brefs délais" d'une chaîne de télévision
institutionnelle entend la dédier à l'information du citoyen sur
tout ce qui se rapporte à l'activité des institutions". Mais il
faut croire aussi que cette idée obéit à un large redéploiement du
secteur puisque au cours du dernier Conseil du Gouvernement le
ministre de la Communication a présenté un rapport portant
stratégie et politique de relance du secteur
de la
communication. Etabli est-il indiqué sur la base d'un
diagnostic exhaustif de la situation qui prévaut dans ce secteur, le
rapport propose une stratégie de relance qui s'inscrit dans
l'objectif d'une refondation du système national d'information et de
communication,
à l'effet de
corriger les insuffisances. Et le moins que l’on puisse dire c’est
qu’elles sont nombreuses. Tous les professionnels du secteur ont eu
du reste à en pâtir d’une manière ou une autre. Mise à niveau et
modernisation du secteur stratégique sont entre autres objectifs
assignés à cette stratégie. Mais la nouveauté réside certainement
dans cette disponibilité à ouvrir, tôt ou tard le champ audiovisuel
aux privés. pour l’heure la seule certitude est que le secteur
privé sera encouragé dans la production des programmes
radiophoniques et télévisuels pour préparer l'émergence d'une
industrie nationale en la matière, et jeter les bases d'un paysage
audiovisuel national ouvert sur la modernité et sur les aspirations
légitimes des citoyens, dans le cadre du respect des droits et
devoirs de chacun, expressément prévus par la loi.
Nadia kerraz
Haut
APN
L’Assemblée, de
1962 à nos jours
De l’avis général
des députés, la législature de 1997-2001 était bien plus
intéressante que celle d’aujourd’hui. Tous affirment que les débats
y étaient plus riches et les élus y prenaient part activement.
Chacun jouait alors pleinement son rôle. On peut aisément expliquer
cet enthousiasme par le fait que l’Algérie avait, pour la première
fois depuis son Indépendance, instauré une assemblée pluraliste en
199.
Un retour sur
l’histoire de notre pays nous renseigne sur nature de l’Assemblée
populaire nationale.
Depuis l’Assemblée
constituante de 1962, le principe monocaméral était suivi. On peut
dire que c’était aussi dans l’ordre des choses dans un pays au parti
unique, à l’économie planifiée et au pouvoir centralisé.
Un survol de
l’histoire de l’Algérie indépendante ne serait pas vain pour essayer
de comprendre comment l’Assemblée populaire nationale a évolué dans
le temps. En effet, après le 5 juillet 1962, quand l’Algérie fut
proclamée indépendante, il était impératif de penser à l’avenir du
pays. Le vide laissé par le départ des Français était immense et il
fallait le combler sans perdre de temps. La première chose à faire
était de décider d’une loi fondamentale pour le pays, et pour cela
il fallait absolument une institution à même de promulguer cette
loi.
Ainsi, le 20
septembre 1962 voit la naissance de la première Assemblée qui avait
alors pour mission de légiférer, de désigner le gouvernement et de
voter une Constitution. On l’avait alors appelée Assemblée nationale
constituante. Cette Constitution était on ne peut plus claire sur le
principe que devait suivre le Parlement algérien : le système
monocaméral. Autrement dit, une seule assemblée populaire. Mais ce
Parlement n’eut pas à siéger longtemps, car même si son mandat a été
prolongé d’une année, il faut savoir que le président Ben Bella eut
recours, le 3 octobre 1963, à l’exercice de ses pleins pouvoirs,
conformément à l’article 59 de la Constitution, gelant ainsi les
activités de l’Assemblée nationale constituante. A peine constituée,
l’Assemblée devint donc inopérante. Autant dire que cette
institution n’avait vu le jour que pour faire croire à une certaine
démocratie. Mais il n’en était rien.
De 1965 à 1976,
sous le règne de feu le président Houari Boumediène, il fut instauré
un conseil de la Révolution, créé par ordonnance le 10 juillet 1965.
Ce conseil était alors dépositaire de l’autorité souveraine.
Il faudra attendre
le 22 novembre 1976 et la promulgation de la nouvelle Constitution
pour voir la naissance d’une chambre unique qui sera dénommée
Assemblée populaire nationale. Cette fois encore, le système
moncaméral est suivi. Ce qui est tout à fait normal dans un pays
géré par un seul parti, où l’économie est planifiée par l’Etat et le
pouvoir centralisé. Mais du moins avait-on une Assemblée pour
légiférer et promulguer la loi fondamentale du pays. C’était dans
l’ordre des choses, car la tendance penchait vers le parachèvement
des institutions de l’Etat algérien.
En 1989, on
assiste à la révision de la Constitution. Cette révision est
provoquée par les événements qui ont secoué Alger et quelques autres
villes du pays, quand des jeunes ont investi la rue un certain 5
octobre 1988, pour crier haut et fort leur ras-le-bol et leur mal
vie. Mais cette révision ne déroge pas à la règle du principe
monocaméral et maintient l’Assemblée populaire nationale. Une
nouveauté est pourtant enregistrée : la séparation des pouvoirs
législatif, exécutif et judiciaire. C’est aussi normal car le
paysage politique commence à bouger.
Le multipartisme
fait son apparition, d’abord timidement, puis à une vitesse
effrénée. Le paysage politique est complètement chamboulé. Les
islamistes, qui ont toujours activé en secret, investissent les
mosquées et les rues et tentent même d’arriver au pouvoir. C’est
presque la dérive totale. Le président Chadli Bendjedid démissionne,
ce qui occasionne un vide juridique. L’Assemblée populaire
nationale, arrivée à son terme, n’a pu être renouvelée.
Pour maîtriser un
tant soit peu ce flottement, un comité d’Etat est instauré en 1992.
Ce Haut comité est habilité à exercer tous les pouvoirs confiés par
la Constitution au président de la République. Un conseil
consultatif national donne son avis sur les projets de décrets à
caractère législatif qui lui sont soumis par le Haut comité d’Etat.
Un Conseil
national de transition est mis en place pour assurer la continuité
de l’Etat, avec les mêmes prérogatives que le Haut comité de l’Etat.
Entre temps, le
pays est secoué par une vague de violence jamais connue jusque-là.
L’insécurité règne et la peur ponctue la vie de tout un chacun. La
situation connaît pourtant un changement après la révision
constitutionnelle du 28 novembre 1996 qui a le mérite d’instaurer,
pour la première fois, un Parlement bicaméral, composé d’une APN où
380 députés siègent et d’un Conseil de la nation pluraliste, voit le
jour.
C’est aussi la
première fois que les députés ont la possibilité d’instaurer un vrai
débat et d’opposer plusieurs avis. Chacun se donne à fond. Frustrés
par des années où tout débat était impossible, les députés jouent
leur rôle pleinement et s’en donnent à cœur joie.
Grâce à cette
ouverture politique et cette pluralité, l’APN trouve enfin la voie
qui est la sienne et exerce les missions qui lui reviennent de
droit. Elle partage la mission législative avec le Conseil de la
nation, conformément à la Constitution qui édicte que “pour être
adopté, tout projet ou proposition de loi, doit faire l’objet d’une
délibération successivement par l’Assemblée populaire nationale et
par le Conseil de la nation”. Elle doit aussi exercer une mission de
contrôle par le biais de questions écrites et orales, des
interpellations, du contrôle de l’utilisation des crédits qu’elle a
votés, de l’approbation du programme du gouvernement ou par la
constitution de commissions d’enquête.
Mais il faut
croire que passé l’enthousiasme de la première législature
pluraliste, les députés sont vite retombés dans une confortable
routine. Ils reconnaissent eux-mêmes que les débats sont moins
riches et moins houleux…
Khadidja
Mohamed Bouziane
Haut
A la veille des négociations entre l’Algérie et l’OMC
Gagnera-t-on le
grand marché mondial en 2007 ?
L’Algérie
rejoindra-t-elle l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2007 ?
Une réponse positive est peu probable à la veille du dixième round
des négociations, d’autant que le pays n’est pas prêt à intégrer,
sans perte ni fracas, la globalisation de l’économie à l’heure des
réformes inachevées. Elle est même du domaine de l’incertain puisque
des divergences sont apparues après l’entrée en vigueur de l’Accord
d’association avec l’Union européenne. Celle-ci, en sa qualité de
membre influent au sein de l’OMC, avec les Etats-Unis, a d’ailleurs
fini par dévoiler ce qui fait courir l’Occident, à savoir les
ressources énergétiques.
Lancées en 1987 du
temps du GATT (devenu OMC en 1995), les négociations pour l’adhésion
de l’Algérie n’ont commencé qu’en 1994, en pleine décennie noire.
Même si ces tractations piétinent un peu, il faut noter que l’option
de l’économie de marché est bel et bien assumée par les dirigeants.
Durant les neuf
rounds de négociations écoulés, l'Algérie a répondu à 1 500
questions des pays membres de l’institution mondiale, sur son
système économique et sa législation commerciale. Elle a entre temps
finalisé la révision des textes législatifs et réglementaires, fait
le point de la situation des discussions bilatérales et
multilatérales en débattant, avec ses vis-à-vis de l’organisation
mondiale, de l'accès aux marchés pour les marchandises et les
services.
Aujourd’hui, on
sait que les volets qui restent à discuter sont liés aux normes, aux
mesures sanitaires, aux licences d’importation et aux restrictions à
l’importation. Un autre point, qui n’est pas des moindres, porte
également sur la protection de la propriété intellectuelle,
notamment le système adopté par l’Office national des droits
d’auteur (ONDA), un volet où les Occidentaux sont très exigeants,
sinon opposés aux pratiques de piraterie et de plagiat.
Certains
rétorqueront que le temps presse, que l’Algérie est parvenue au
stade final du processus d’accession à l’OMC et qu’il ne lui reste
plus que quelques clarifications à donner à des membres de
l’organisation, lors de la dixième session de travail, prévue dans
les prochaines semaines. Ils affirmeront que l’Algérie aurait
demandé une période de transition de 3 à 7 années, pour des secteurs
précis, pour permettre aux entreprises de s’adapter aux règles
internationales, en s’appuyant particulièrement sur la signature de
l’Accord d’association avec l’UE.
Des
négociations lentes, et après ?
On se rappelle
sûrement les mises en garde du ministre des Affaires étrangères,
Mohammed Béjaoui, qui a soutenu : “Si d’ici à 2010, l’accession à l’OMC
ne se faisait pas, il ne restera plus rien de l’Accord d’association
avec l’Union européenne.” M. Béjaoui a en outre précisé que le rôle
de l’Accord d’association avec l’UE est primordial pour l’adhésion
de l’Algérie à l’OMC, rappelant cependant que “nous avons besoin de
l’Europe comme l’Europe a besoin de nous”.
Ce constat a aussi
été établi par le président de la République, Abdelaziz Bouteflika
qui, lui, a mis en avant la nécessité de la coopération entre les
deux rives de la Méditerranée.
Quant au ministre
du Commerce et au chef des négociateurs algériens (également
directeur au département d’El-Hachemi Djaâboub), ils se sont
empressés d’annoncer dernièrement que l’année 2007 sera l’année de
l’accession de l’Algérie à l’OMC. Encore que le ministre ait déjà
fait preuve d’un optimisme, qui l’avait conduit à envisager
l’adhésion avant la fin de l’année… 2006.
Pour le
gouvernement, l’entrée de l’Algérie à l’OMC est “un choix et une
nécessité”. Une adhésion que l’Exécutif voudrait “progressive”, dans
un intervalle de temps de un à cinq ans, pour permettre le recyclage
de l’économie nationale et sa réadaptation au contexte de
globalisation.
Si l’on en croit
des économistes et experts financiers, il est normal que les
négociations internationales, d’Etat à Etat, soient à la fois
longues et lentes, car elles couvrent de nombreux sujets où
l’Algérie, jusque-là économie administrée, est appelée à défendre
ses intérêts dans l’environnement mondialisé.
D’aucuns,
déplorant la mise à l’écart des acteurs sociaux de la négociation
ainsi que le manque de médiatisation de l’accession de l’Algérie,
estiment néanmoins que le temps a ses limites et que l’Algérie
gagnerait plus à entrer rapidement par la grande porte. D’autres,
conscients des réticences algériennes pour l’ouverture des services,
notamment le secteur de l’audiovisuel, mais également du travail des
réformes de l’économie nationale, surtout sur le plan structurel, et
des concessions qu’impliquera la libéralisation des échanges au plan
multilatéral, laissent entendre que l’accession ne comportera pas
seulement des pertes. Selon eux, l’Algérie a cumulé un grand retard
dans les mentalités et les secteurs stratégiques, tels que
l’industrie, l’agriculture et les services. Un retard qu’elle devra
combler vite, y compris par la mise à niveau et la promotion du
produit algérien, pour se préserver des effets ravageurs de la
concurrence sauvage.
Une vision
globale qu’il faut parfaire
Des économistes
attirent l’attention sur la grande dépendance de l’économie
algérienne vis-à-vis du pétrole et du gaz, affirmant qu’ils
constituent plus de 97% des recettes extérieures et plus des deux
tiers des recettes fiscales. Ils craignent toutefois que la
politique de l’après-pétrole et la recherche des énergies
renouvelables ne cachent un “bradage” des ressources énergétiques,
tant les convoitises occidentales sont réelles et tant l’opacité est
ancrée dans les mœurs du sérail.
Pour l’heure, les
atouts affichés et les prestations présentées par les représentants
de l’Etat, sur l’adhésion “souveraine” de notre pays à la zone de
libre-échange, “en conformité avec les règles de l’OMC”, sont loin
d’être rassurants, indiquent-ils. Surtout qu’il y a absence de
consensus sur les réformes engagées, qui sont intimement liées à la
vision économique nationale qui reste à élaborer. Même les
inquiétudes des partenaires sociaux concernant les retombées de
l’intégration au vaste marché mondial sont toujours d’actualité. De
plus, les secteurs hors hydrocarbures sont loin des règles
universelles de productivité, de qualité et de concurrence.
Cette situation
peu reluisante, après neuf rounds, interpelle en premier lieu de
l’Etat. Elle exige de lui de prendre en charge le secteur de
l’agriculture à travers des subventions, pour assurer son
développement et encourager la production locale. Outre la lutte
contre le marché informel et le soutien au financement de
l’investissement, les dirigeants devraient aussi actualiser la
politique monétaire, régler la question du foncier industriel et
mettre à niveau les entreprises. Sans que les privatisations se
fassent au détriment des travailleurs et de leur pouvoir d’achat,
sur la base d’une stratégie industrielle nationale, dont les grandes
lignes viennent d’être récemment révélées par le ministère de la
Participation et de la Promotion des investissements, après un vide
en la matière qui aura duré plus de deux décennies.
En l’absence de
groupements régionaux, l’Algérie est obligée de protéger la
spécificité de son économie, elle-même liée au tissu industriel
national et aux capacités énergétiques importantes. Contrairement à
ce qui est dit sur les difficultés émanant du statut de pays
producteur de pétrole et de gaz, celui-ci devrait pousser les
dirigeants à se battre pour l’utilisation de richesses à des fins de
développement. Comme les autres pays pétroliers et/ou gaziers qui
ont déjà accédé à l’OMC.
Des efforts sont
certes fournis et beaucoup d’argent est actuellement distribué à
différents secteurs pour relancer l’économie. Seront-ils à la
hauteur des attentes populaires et de modernisation ? That’s the
question !
Z’hor Chérief
Haut
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