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Frank Ruddy (*) devant la 4e Commission de l’ONU
La chose parle d'Elle-même
Au cours des trente dernières années, des juristes de Philadelphie
nous ont servi des arguments ingénieux pour rendre acceptable aux
yeux de la communauté internationale l'extension de son territoire
par le Maroc. L'invasion du Sahara Occidental a été appelée "Marche
verte", comme si nommer une invasion selon une couleur respectée par
l'islam pouvait la justifier. Le Maroc, qui avait protesté contre la
colonisation du Sahara Occidental par l'Espagne, remplace maintenant
celle-ci en tant que nouveau colonisateur.
Le journal britannique The Economist avait raison lorsqu'il
qualifiait d'Anschluss moderne l'annexion du Sahara Occidental par
le Maroc.
Le Maroc n'a cependant trompé personne. Il a demandé l'avis de la
Cour internationale de justice pour justifier ses droits sur le
Sahara Occidental. La Cour a nié ses droits de souveraineté sur le
territoire. Alors, le Maroc l'a envahi. A entendre la version du
Maroc, on pourrait croire que la Cour internationale a soutenu sa
position et justifié l'invasion. Je demande à ceux parmi vous qui
sont intéressés par la question : lisez le jugement de la Cour
internationale ; il nie sans équivoque les droits du Maroc sur le
Sahara Occidental.
Et comme si cela ne suffisait pas, le Conseil de sécurité a condamné
à deux reprises l'invasion marocaine, mais ne croyez pas qu'une
condamnation du Conseil de Sécurité puisse dissuader le Maroc. Le
Maroc continue d'occuper, coloniser et terroriser le peuple du
Sahara Occidental sans craindre de sanctions internationales parce
que, franchement, pour le comportement illégal du Maroc, il n'y a
pas de sanction internationale. En cas de violations du droit
international, certains pays, comme l'Irak, envahissent et payent le
prix. D'autres, comme le Maroc, envahissent et s'en tirent bien.
Un référendum était prévu en 1991 pour permettre à la population du
Sahara Occidental de décider d'être libre ou de faire partie du
Maroc. Cela se passait sous les auspices de l'ONU, qui avait créé
une mission de maintien de la paix appelée Minurso afin de
superviser le référendum. En 1994, le référendum commençait de
devenir sérieux. Je le sais car j'y étais. Le problème, c'est que le
Maroc a saboté le référendum avec l'aide d'un secrétaire général de
l'ONU faible et incapable.
Les Marocains ont pris le contrôle effectif de la Minurso,
choisissant (et éliminant) des électeurs, terrorisant la population
locale. Quand ils ont ouvert les yeux, c'est-à-dire quand ils ont vu
que le choix des Sahraouis, population autochtone du Sahara
Occidental, était le rejet d'un rattachement au Maroc, les Marocains
ont décidé qu'il n'y aurait jamais de référendum.
Ceci n'est pas seulement mon opinion mais aussi celle de Human
Rights Watch, de Amnesty international et de tout observateur
indépendant et journaliste ayant commenté cette situation.
En ce moment, on discute un plan selon lequel le Maroc règnerait sur
le Sahara Occidental pendant une période, avec un référendum par la
suite. Mais même cela n'est pas assez bon pour le Maroc.
Nous pouvons poursuivre avec nos subtilités juridiques, du genre
"est-ce que les membres de telle ou telle tribu ont le droit de
voter ?", pendant que le Maroc envoie des milliers de citoyens
marocains au Sahara Occidental pour renforcer sa mainmise sur le
territoire.
Il existe une doctrine en droit commun appelée res ipsa loquitur en
latin (la chose parle d'elle-même). Cela signifie que quand la faute
de l'accusé est déjà manifeste par l'énumération des faits, il ne
faut plus de preuve.
L'énumération des crimes du Maroc, son invasion du Sahara
Occidental, son occupation et sa colonisation durant 30 ans, son
élimination cynique du référendum mis en place par l'ONU pour
résoudre le problème parlent d'eux-mêmes et condamnent le Maroc. Le
Maroc a agi au mépris du droit et tout le monde le sait. La question
est de savoir si l'ONU veut ou peut limiter l'illégalité du Maroc.
La réponse, jusqu'à présent, a été clairement non, c'est honteux.
Frank Ruddy, juriste, est ancien ambassadeur des Etats-Unis. En
1994, il a été vice-président de la Commission d'identification de
la Minurso. L’année suivante, il a dénoncé, lors de son témoignage
devant le Congrès américain, le système mafieux du makhzen.
http://www.arso.org/petRuddy.htm#trad
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